Accueil Paroles d'experts Invités « L’alcoolisme au féminin est un fléau dont il faut parler »

« L’alcoolisme au féminin est un fléau dont il faut parler »

Laurence Cottet, cofondatrice et présidente de l’association Janvier sobre, qui a initié le « Mois sans alcool » en France.© Nicolas Guyonnet

Elle a plongé dans l’alcool très jeune. Aujourd’hui, Laurence Cottet s’engage pour briser le silence sur l’alcoolisme au féminin et aider les femmes à sortir du cercle infernal de l’addiction. Elle est également cofondatrice et présidente de l’association Janvier sobre, qui a initié le « Mois sans alcool » en France.

De quelle façon avez-vous découvert l’alcool ?

Laurence Cottet : Ma rencontre avec l’alcool remonte à l’enfance, vers l’âge de 6 ou 7 ans. Je goûtais en cachette les liqueurs de mes parents. Je ressentais ce besoin car j’étais en manque d’amour. Adolescente, tout s’est enchaîné très vite : les fêtes alcoolisées, les sorties… je buvais beaucoup. Quand j’ai commencé à travailler, je n’ai pas arrêté, bien au contraire. A 35 ans, j’ai perdu mon mari suite à un cancer fulgurant. Ce fut un véritable drame pour moi. J’ai alors franchi la ligne rouge et je suis devenue alcoolique. Puis, un jour, tout a basculé.

C’est-à-dire ?

L. C. : Lors d’un pot organisé pour la cérémonie des vœux dans l’entreprise de BTP où j’occupais un poste à responsabilité, je me suis effondrée, ivre morte, en plein milieu de l’assemblée. J’étais inconsciente devant mes collègues et mes supérieurs hiérarchiques. Je me suis sentie humiliée, atteinte dans ma dignité de femme. Cela m’a bouleversée et a déclenché une prise de conscience.

Comment vous en êtes-vous sortie ?

L. C. : Suite à cet événement, j’étais épuisée, au bout du rouleau. Mon licenciement a provoqué le déclic : j’ai décidé de me faire aider.
J’ai été suivie par un addictologue et j’ai effectué un travail sur moi. Je me suis rendu compte, des années plus tard, que mon alcoolisme masquait également un énorme traumatisme. C’est souvent le cas chez les femmes alcooliques. Cette maladie révèle des origines douloureuses, un choc, un accident de la vie… Très souvent ce sont des violences sexuelles. J’ai pu mettre des mots dessus. Mais d’autres n’ont pas cette chance.


La consommation d’alcool a des conséquences plus graves chez les femmes en raison de leur physiologie. 

La société accepte-t-elle que les femmes aussi puissent être alcooliques ?

L. C. : Oui, aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience sur le fait que les femmes peuvent être touchées par l’alcoolisme. C’est une maladie. Les femmes la vivent comme une honte, souvent dans la solitude. On estime qu’entre 500 000 et 1,5 million* de femmes seraient concernées et les chiffres sont probablement sous-estimés. La consommation d’alcool a, en outre, des conséquences plus graves chez elles, en raison de leurs différences physiologiques : masse musculaire plus faible, variations hormonales… Elles sont ainsi exposées plus tôt que les hommes à des risques accrus d’accident cardiovasculaire, de cirrhose ou encore de cancer du sein.

C’est pour ces raisons que leur prise en charge doit être plus rapide. Encore faut-il qu’elles consultent et qu’elles puissent en parler à leur médecin. Actuellement, il faut compter en moyenne six mois d’attente pour obtenir un rendez-vous dans un service d’addictologie. C’est très long. Mais les choses progressent, je ne désespère pas.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager ?

L. C. : Je porte mon histoire comme un étendard et, désormais, à 64 ans, je n’ai plus de temps à perdre. L’alcool a trop longtemps été un amer compagnon avec lequel j’ai entretenu une relation toxique. Aujourd’hui, j’ai pris la décision de m’engager. Je suis devenue consultante en addictologie et patiente-experte vacataire en addictologie au CHU Grenoble-Alpes, où j’anime notamment des groupes de femmes. Je leur raconte mon parcours, l’enfer dont je suis revenue et la honte que j’ai vécue. Et ça leur parle. Elles savent que je les comprends. Je leur dis aussi que le chemin est long et qu’il faut qu’elles s’accrochent. Elles sont de plus en plus nombreuses à briser le silence et à prendre la parole pour livrer leur témoignage et faire avancer les choses.

Vous êtes aussi à l’origine de l’initiative Janvier sobre… 

L. C. : J’ai fondé, avec d’autres malades alcooliques, l’association France Janvier sobre, dont je suis présidente, et nous avons lancé le « Mois sans alcool » en 2019. L’événement rassemble de plus en plus de personnes, et ceci malgré l’absence de soutien des pouvoirs publics. Il faut savoir que le lobby des alcooliers est très puissant en France. A travers cette initiative, l’idée n’est pas de culpabiliser les volontaires mais de leur suggérer de faire une pause dans leur consommation d’alcool pendant un mois, et plus si possible, avec l’aide de professionnels de santé. Alors, n’hésitez pas, rendez-vous pour la huitième édition, en janvier 2026 ! 

*Selon Santé publique France.

A lire : Non ! J’ai arrêté, de Laurence Cottet (éditions Dunod poche, 9,90 euros). 

PARCOURS
31 mars 1995 
Laurence Cottet perd son mari. 
23 janvier 2009 
Au travail, elle chute en pleine cérémonie des vœux. 
16 septembre 2011 
Elle perd sa petite sœur Marie et débute la thérapie qui va la sauver. 
2014 
Création de l’association Janvier sobre