Le 15 mars 1944, le Conseil national de la Résistance (Cnr), dans son programme « les Jours heureux », appelle à « un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ».

A la Libération, Pierre Laroque, haut fonctionnaire et résistant, est chargé de rédiger le programme. Le plan sera porté par Ambroise Croizat (ci-contre), ministre communiste du Travail et de la Sécurité sociale. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 stipulent : « L’organisation de la Sécurité sociale assure dès à présent le service des prestations prévues par les législations concernant les assurances sociales, l’allocation aux vieux travailleurs salariés, les accidents du travail et maladies professionnelles et les allocations familiales. » Celle du 4 octobre prévoit la mise en place de caisses remplaçant les organismes existants, afin d’unifier les régimes. Les professions agricoles conserveront toutefois un régime spécifique adapté, tout comme certains salariés (gaziers et électriciens, cheminots…). Selon les souhaits du Cnr, leur gestion est confiée à des administrateurs élus.

Plus que jamais indispensable

Edifiée alors que le pays est ruiné, la Sécurité sociale va démontrer qu’investir dans l’humain, le développement et la prévention est une exigence éthique et un générateur de progrès économique et social. Mieux protégés, les Français vont pouvoir se projeter, se soigner, faire des enfants, se loger. La « Sécu » va devenir le moteur des Trente Glorieuses. Mais les forces conservatrices sont à l’œuvre. Rapidement, les politiques libéraux vont tenter de réduire sa force démocratique (arrêt des élections) et son poids économique en asséchant son financement (exonérations de cotisations sociales), générant des « trous » par manque de recettes. Durant la crise du Covid-19, notre bonne vieille Sécu a encore démontré à quel point elle était indispensable à notre santé, à notre protection sociale. Saurons-nous la défendre alors qu’elle traverse aujourd’hui une crise sans précédent ?