Illectronisme : Quand le numérique produit de l’exclusion

Les outils numériques sont devenus indispensables, pourtant un Français sur quatre ne sait pas les utiliser ou éprouve de grandes difficultés à le faire. Le Syndicat de la presse sociale lance une campagne contre ce fléau appelé « illectronisme ».

L’incapacité ou les grandes difficultés pour se servir d’un ordinateur, pour effectuer une démarche sur Internet, sont appelées « illectronisme ». Ainsi, 23 % des Français ont du mal à utiliser les outils numériques et 32 % ont déjà renoncé à faire quelque chose parce qu’il fallait utiliser Internet. Une situation qui, le plus souvent, aggrave l’exclusion sociale de populations déjà très fragilisées. Le Syndicat de la presse sociale (Sps), dont fait partie votre magazine Viva, s’est inquiété de ce problème.  Jusqu’à présent, il menait des initiatives contre l’illettrisme, et vient de décider d’étendre son action à l’illectronisme, les deux phénomènes étant liés. Dans un premier temps, le Sps a commandé une étude à l’institut Csa, auprès d’un échantillon représentatif de la population française. Sans surprise, il apparaît que les plus de soixante-dix ans sont les plus touchés par l’illectronisme. Parmi ceux-ci, 41 % n’utilisent jamais Internet et sont d’ailleurs moins équipés en outils numériques que la moyenne de la population. L’illectronisme n’est pas qu’une affaire de génération. Comme on pouvait s’y attendre, les catégories socioprofessionnelles inférieures sont plus souvent dans l’incapacité de maitriser le numérique que les cadres supérieurs et
les professions libérales, même si tout de même 14 % de ces derniers sont concernés.
Les « abandonnistes » du numérique, comme les appelle l’institut Csa, sont un peu plus souvent des hommes que des femmes.

Les causes de l’illectronisme ? 

Les outils numériques sont difficiles à utiliser pour 15 % des personnes interrogées. Peut-être est-ce aussi le cas parmi ceux qui ne répondent pas à la question (7 %). Chez les plus de soixante-dix ans, ils sont 39 % à trouver les outils numériques compliqués (23 % de non ré-ponses). Quand on demande à ces personnes pour quelles raisons elles n’utilisent pas Internet, elles répondent d’abord qu’elles ne sont pas intéressées, que ce n’est pas utile. Mais s’agit-il des causes véritables?

Lancement d’une campagne d’information

Le Sps, en partenariat avec le Syndicat national des radios libres (Snrl), organisera de septembre à décembre une campagne d’information sur l’illectronisme : messages, émis-sions, débats… « Cette campagne vise à faire bouger les pouvoirs pu-blics, qui ne prennent pas assez en compte ce problème », explique Bernard Fauré, administrateur du Sps et directeur des relations extérieures à Mutami. L’Education natio-nale a un rôle à jouer pour prévenir l’illectronisme. « Nous voulons aboutir à une charte déontologique qui engagerait les concepteurs de sites Internet à les rendre plus simples », ajoute Bernard Fauré qui pense en particulier aux sites des services publics. De même, les pro-ducteurs d’ordinateurs et autres appareils numériques sont incités à les rendre plus faciles dans leur utilisation. Les employeurs, estime le Sps, devraient aussi donner la for-mation nécessaire à leurs salariés. Aujourd’hui, on doit passer obliga-toirement par Internet pour deman-der la carte grise de son véhicule. Il en sera de même, très bientôt, pour la déclaration de revenus. Et ceux qui sont démunis devant un ordina-teur ? « L’illectronisme, c’est l’exclusion.