
Stationné au large de la Sicile à bord d’un des bateaux de la Global Sumud Flotilla, et sur le point de reprendre la mer en direction de la Grèce, Cédric Caubère, secrétaire général de l’union départementale de la CGT Haute-Garonne, nous détaille les objectifs de cette mission solidaire internationale.
Pourquoi la CGT est-elle présente sur la flottille ?
Cédric Caubère : Depuis longtemps, la CGT est attentive à la situation en Palestine. Elle soutient l’autodétermination des Palestiniennes et des Palestiniens et celle de tous les peuples en général. Comme beaucoup d’autres syndicats, nous sommes très inquiets de la dégradation de la situation, notamment à Gaza. La logique génocidaire est en cours et nous ne sommes pas les seuls à le dire*. Nous pensons qu’il est extrêmement important de se mobiliser pour que les gouvernements français, européen, et ceux des autres pays agissent pour faire appliquer le droit international, lever le blocus, et ouvrir un couloir humanitaire vers Gaza. Pour nous, c’est une urgence absolue.
Combien de nationalités sont représentées et combien de bateaux sont engagés ?
C. C. : On compte plus d’une quarantaine de nationalités sur une cinquantaine de voiliers. Sur le bateau où je me trouve, le Wahoo, qui représente la délégation suisse, le capitaine est australien. Nous sommes une dizaine de personnes et il y a autant de nationalités que de passagers.

Que transportent ces bateaux exactement ?
C. C. : De quoi nous amener à Gaza. Ce sont des petits bateaux, des voiliers de 15 mètres, certains moins. Nous avons aussi du matériel à livrer à Gaza, mais évidemment, nous ne pouvons pas transporter de quoi nourrir les presque 2,5 millions d’habitants qui sont aujourd’hui affamés. Le but de la manœuvre, c’est d’attirer l’attention du monde entier. Il faut savoir qu’actuellement, des camions d’aide humanitaire et des bateaux stationnent près de Gaza et attendent de pouvoir entrer sur le territoire pour amener tout ce dont les gens ont besoin : de la nourriture, du matériel médical, des médicaments… A cause du blocus, rien ne passe. En attirant l’attention du grand public sur ce qui se passe là-bas, notre but est de peser suffisamment pour que les gouvernements concernés prennent les sanctions nécessaires afin qu’Israël lâche.
L’Europe devrait être en capacité d’imposer à Israël le respect des droits humains et la législation internationale.
Notre action est surtout symbolique. Nous sommes une flottille non violente, ce n’est pas nous qui allons imposer quoi que ce soit à l’armée israélienne. On fait simplement ce que devraient faire les gouvernements de tous les pays. Comme ils ne le font pas, on est obligés d’y aller nous, en nous mettant en danger. Actuellement, c’est la saison des tempêtes en mer et il y a aura aussi des risques lorsque l’on arrivera sur place : l’armée israélienne est aux abois, on a bien vu qu’Israël était en train de se couper des autres pays sur le plan international. Nous prenons donc des risques importants et nous ne devrions pas avoir à les prendre. L’Europe devrait être en capacité d’imposer à Israël le respect des droits humains et la législation internationale.
Il s’agit aussi d’une question de santé publique…
C. C. : Oui, tout à fait. Les hôpitaux de Gaza sont bombardés, et ceux qui restent debout ne peuvent plus assurer leurs missions. Certains des organisateurs de la flottille sont des médecins qui sont déjà allés à Gaza à titre bénévole. C’est par exemple le cas du président de la flottille suisse sur laquelle nous sommes embarqués. Ces médecins ont pu nous faire un point de la situation sur le terrain : l’exercice de la médecine et de la chirurgie est très difficile, les conditions d’hygiène nécessaires ne peuvent pas être maintenues, il n’y a pas suffisamment de médicaments, de prothèses, les ambulances sont systématiquement prises pour cible, les blessés arrivent sur des charrettes à l’hôpital, victimes de tirs destinés à faire un maximum de dégâts sur le corps humain et des effondrements liés aux bombardements…
Toutes les ONG, médicales en particulier, sont prêtes à intervenir aujourd’hui à Gaza si le blocus est levé. Il est parfaitement possible d’envoyer rapidement de très gros moyens.
En plus de tout ça, les populations souffrent de la famine. Les gens sont dénutris, leurs organismes sont donc considérablement affaiblis et cicatrisent mal. Sur des opérations qui en France seraient faisables, on est obligé d’amputer. Des plaies parfaitement guérissables chez nous s’avèrent terriblement graves là-bas. On y pratique la médecine de guerre, le tri des patients. Donc sur le plan médical, la situation est catastrophique. Mais je le répète, toutes les ONG, médicales en particulier, sont prêtes à intervenir aujourd’hui à Gaza si le blocus est levé. Il est parfaitement possible d’envoyer rapidement de très gros moyens.
Dans combien de temps pensez-vous atteindre Gaza ?
C. C. : D’ici à 15 jours-trois semaines, cela dépendra des conditions, météo en particulier. Actuellement la flottille est en train de se réunir en Sicile. D’un instant à l’autre, nous partirons pour la Grèce où d’autres bateaux nous attendent. Il y a actuellement une tempête sur le Péloponnèse, nous attendrons donc qu’elle passe avant de partir à Gaza.

La flottille a déjà été attaquée deux fois à Tunis il y a quelques jours. N’avez-vous pas pensé à renoncer à ce moment-là ?
C. C. : Bien sûr, il y a des inquiétudes mais comme je vous le disais, nous sommes conscients des risques. C’est la raison pour laquelle nous appelons tous ceux qui sont indignés par ce qui se passe à Gaza à tout mettre en œuvre pour interpeller leur gouvernement, demander l’arrêt du blocus, du génocide, la mise en place d’un couloir humanitaire et soutenir l’action de la flottille, notamment en signant la pétition Protection diplomatique des ressortissants français à bord de la flottille pour Gaza. Nous avons le soutien des forces organisées, du mouvement mutualiste comme du mouvement syndical. Plus il y aura un soutien populaire important et plus nos gouvernements seront obligés de peser pour que la flottille n’ait pas de problèmes et arrive à bon port. Nous avons bon espoir, d’autant qu’on a quand même obtenu quelques avancées puisque le président de la République française reconnaîtra l’Etat de Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies dans quelques jours.
Une grande mobilisation générale a lieu aujourd’hui en France. Dans les cortèges, on pourra certainement voir des drapeaux palestiniens. Quel est le lien entre ce qui se passe dans notre pays et à Gaza ?
C. C. : Le lien est évident. Le système qui ordonne les politiques d’Emmanuel Macron, celui qui exploite et opprime les travailleurs français, est le même, à une échelle et à une intensité différente, que celui qui est en train de programmer l’extermination des Palestiniennes et des Palestiniens. A la CGT, depuis 130 ans, on sait qu’il faut tenir les deux bouts. On ne peut pas gagner d’avancées dans notre pays si en même temps on n’a pas une action internationale de solidarité et de soutien avec le combat des travailleuses et des travailleurs dans les autres parties du monde. Pour nous, la Palestine c’est une illustration, particulièrement forte de ce que le capital et l’impérialisme sont en train de faire à l’échelle du monde. Lorsque la CGT s’engage pour la Palestine, elle s’engage d’abord et avant tout dans l’intérêt des travailleuses et des travailleurs de France.
* Un rapport publié mardi par une commission d’enquête du conseil des droits de l’homme de l’ONU estime qu’Israël commet quatre des cinq catégories de faits définissant un génocide selon la convention de 1948.


























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