Dépister un cancer du sein de manière très précoce en utilisant le flair de chiens, c’est le pari de Kdog, un programme expérimenté à l’Institut Curie et qui pourrait aider à mieux prendre en charge, en particulier dans les pays à faible accès aux soins, le cancer le plus fréquent chez la femme. L’enjeu est de taille : s’il est détecté tôt, le cancer du sein pourrait être guéri dans neuf cas sur dix. De nombreuses vies seraient sauvées grâce à une meilleure prévention des facteurs de risque et un accès accru au dépistage. Interview avec Pierre Bauër, responsable du projet Kdog 

Pouvez-vous nous parler du projet Kdog ?

Kdog est un programme destiné à évaluer la capacité de chiens spécialement entraînés à détecter à partir d’échantillons de sueurs la présence (ou pas) d’un cancer du sein chez une femme. Ces échantillons sont prélevés la nuit.  Il suffit de dormir avec une compresse contre son sein pendant toute une nuit après s’être lavée avec un savon neutre (que nous fournissons). C’est cette compresse qui est ensuite présentée aux chiens

D’où est venue cette idée qui peut sembler originale ? 

En 2009, Isabelle Fromantin, infirmière soutient une thèse sur les plaies associées au cancer du sein. Elle étudie les odeurs tumorales et s’intéresse à la manière dont celles-ci sont émises par les plaies sur la surface de la peau dans les cancers évolués. 

Pourquoi, se dit-elle, ne pas tenter de détecter grâce à l’odeur ces cancers en amont, de manière plus précoce ? Des recherches dans la littérature scientifique lui permettent de légitimer l’hypothèse selon laquelle les odeurs indétectables pour un nez humain pourraient constituer des biomarqueurs du cancer. D’ailleurs plusieurs équipes, à travers le monde, travaillent déjà sur cette piste. On sait que les cellules malades fonctionnent différemment et que des molécules, non encore identifiées, modifient les odeurs. Les deux voies les plus couramment utilisées pour effectuer des recherches dans ce domaine  sont la chimie analytique et la détection par odontologie canine. La rencontre avec des experts cynophiles (professionnels du dressage de chiens) en 2013 a donné au projet KDOG son impulsion initiale. Suite à un appel lancé à de nombreux hôpitaux pour collaborer à l’expérimentation de la détection olfactive canine, une équipe pluridisciplinaire s’est constituée à l’Institut Curie.

Quels pourraient être les avantages d’une telle méthode ?

Une détection précoce et fiable pourrait être particulièrement intéressante dans les pays où l’accès aux soins est faible et l’imagerie médicale presque inexistant. Elle permettrait aussi d’amener vers le dépistage des personnes qui ont peur des rayons[, vivant dans des déserts médicaux ou ayant du mal à se déplacer comme les personnes handicapées. C’est aussi une technique non invasive qui ne nécessite pas de contacts entre le chien et la patiente. Bien sûr, elle ne remplacerait pas la mammographie mais serait utilisée comme alerte.

Quels types de chiens utilisez-vous ? 

Des chiens qui ont l’habitude de travailler avec l’homme comme des malinois ( bergers belges , des springers ou des labradors utilisés dans la police pour la détection de drogue ou d’explosifs. 

Les résultats sont-ils encourageants ?

Les premiers résultats sont, oui, très encourageants. Après entrainement, et durant un an nous avons présenté à des chiens plusieurs séries de 4 échantillons de sueurs dont l’un émanait d’une femme atteinte d’un cancer, nous avons obtenu 90 % de réussite. Cela nous rend très optimiste mais il faut maintenant que cette expérience soit validée médicalement avec des exercices plus compliqués. Nous sommes donc rentrés dans une phase de recherche clinique englobant 450 patientes. Nous recherchons d’ailleurs des volontaires pour ce programme.

Est-ce qu’il serait possible d’envisager ce type de méthode pour d‘autres pathologies ?

Certaines expériences sont menées avec l’odeur de l’air expiré par des malades d’un cancer du poumon ou par celle dégagée par l’urine de patients atteints d’un cancer de la prostate. On a bien entendu aussi parlé de cette piste de recherche dans le cadre du Covid-19. En Tanzanie, des équipes travaillent avec des rats géants capables de détecter les malades de la tuberculose

Pour participer à l’étude clinique, c’est ici :