L’Académie de médecine fête ses 200 ans. Peu connue ou perçue comme une vieille institution poussiéreuse, cet anniversaire est l’occasion de faire découvrir au grand public cette grande maison qui s’est fortement mobilisée depuis le début de la crise du Covid.

Au tournant du XIX e siècle, la santé publique est nouvellement considérée comme de la responsabilité de l’État. C’est pourquoi Louis XVIII veut doter la France d’une institution capable de conseiller le pouvoir politique. L’épidémie de fièvre jaune qui sévit en Europe depuis 1817 rend urgente la nécessité de «travailler au perfectionnement de la science médicale » qui sera la mission de l’Académie fondée en 1820. A sa création, toutes les sensibilités se côtoient : l’anarchiste Esquirol, première organisateur de la psychiatrie, le dermatologue Alibert, des bonapartistes comme Corvisart ou des libéraux comme Broussais. Les gouvernements successifs la sollicite sur des sujets d’actualités : choléra, vaccine, utilisation du chloroforme en anesthésie, autorisation de chirurgie du cerveau. L’académie devient aussi un lieu de « dispute » scientifique mais aussi un lieu de construction d’un sentiment d’appartenance à une communauté souvent corporatiste. Tous les hommes qui ont fait l’histoire de la médecine vont y siéger : Laennec, inventeur du stéthoscope, Trousseau qui popularise la trachéotomie, Orfila qui jette les bases de la médecine légale, le physiologiste Claude Bernard ou le neurologue Charcot. Elle accueille aussi en son sein des chercheurs non médecins mais dont les découvertes vont révolutionner la médecine comme le controversé Pasteur qui la rejoint en 1873 ou Marie Curie. Elle devient un centre national de lutte contre la variole et pratique des vaccinations gratuites. En 1902 l’académie se dote d’un bâtiment construit pour elle rue Bonaparte et qu’elle occupe encore.

Ce n’est qu’au tournant des années 2000 que la vieille dame sort de son repli

A l’épreuve des guerres de 1870 et 1914, elle devient un lieu de réflexion sur la chirurgie, les méthodes opératoires, l’usage des rayons X et sur les traumatismes de guerre. Mais la pandémie de la grippe espagnole en 1918 qui va tuer 280 000 Français reste pour elle un échec majeur. Durant la seconde guerre mondiale, l’Académie de médecine ne brillera pas par son courage politique mais certains de ses membres comme l’oncologue Gustave Roussy s’engagent à titre personnel dans la Résistance. 

Après-guerre, avec la création de la sécurité sociale et des CHU, le système de soins s’organise sur le terrain. Elle ne s’associe pas à ces réformes. Et si elle reste intellectuellement active elle offre une image désuète et décalée de la société. Ce n’est qu’au tournant des années 2000 que la vieille dame sort de son repli en adressant chaque année aux pouvoirs publics une quinzaine de rapports et de nombreux avis sur des questions de santé publique. Depuis le début de la crise du Covid, l’Académie a été particulièrement active en interpellant le gouvernement et en publiant de nombreux avis entre autres sur le bon usage des masques, des tests, les précautions à prendre dans les Ehpad ou en milieu scolaire. 

Deux beaux ouvrages viennent célébrer les 200 ans de l’académie

  • Académie de médecine : une histoire de la santé de Pascal Griset : éditions du cherche midi : 39 €
  • Académie de médecine : catalogue des peintures et des sculptures qui présente les 260 œuvres conservées rue Bonaparte. : éditions Snoeck