Gilles Lazimi, médecin généraliste, enseignant et militant associatif, est l’invité du magazine Viva. Il se bat pour sensibiliser la société et alerter les pouvoirs publics sur les violences faites aux enfants et aux femmes.

Le gouvernement lance cet été une stratégie nationale d’aide à la protection de l’enfance. Il était temps ?

Gilles Lazimi – C’est un sujet qui a toujours été oublié. Espérons qu’Adrien Taquet, nouveau secrétaire d’Etat à la Protection de l’enfance, nommé fin janvier 2019, relève le défi avec sa stratégie nationale qui sera lancée cet été. Violences envers les enfants, majeurs abandonnés à leur sort, structures et budgets insuffisants, manque d’éducateurs spécialisés, familles d’accueil épuisées…, il y a beaucoup à faire. En France, 300 000 mineurs sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance (Afe) pour des cas de violences intrafamiliales (physiques, sexuelles, psychologiques), de négligences ou de carences éducatives. Nous avons de grandes attentes et resterons vigilants.

Où en est le dossier des « violences éducatives ordinaires », sujet pour lequel vous vous battez depuis des années ?

G-L – Les violences subies dans l’enfance peuvent avoir des répercussions dramatiques. On le sait aujourd’hui, grâce à de nombreuses études. Même celles que l’on nomme « éducatives ordinaires », comme une petite claque, une fessée, encore admises par notre société, peuvent avoir une incidence sur la santé de l’enfant. La violence verbale, psychologique (une humiliation, des cris, des mots qui rabaissent…) est également intolérable. Aujourd’hui, en France, 85 % des parents continuent à frapper leurs enfants et la moitié d’entre eux commencent sur des petits de moins de deux ans ! Or on sait maintenant que les enfants les plus agressifs sont ceux qui ont subi des violences et que les plus violents d’entre eux sont ceux qui ont vu leur mère frappée. Et souvent alors même qu’elle les portait dans ses bras. Dans 75 % des maltraitances graves, tout a commencé par des violences éducatives ordinaires dans les familles.

Qu’attendez-vous de la loi sur les violences éducatives, qui va passer à l’Assemblée nationale ?


G. L. –
On compte beaucoup sur cette loi pour faire abolir les violences éducatives ordinaires et faire comprendre aux parents qu’on ne doit pas frapper un enfant et qu’on peut faire autrement, pour son bien. Pour cela, il faut pouvoir aider les parents dans leur rôle d’éducateurs, dès la grossesse et prévoir une prise en charge pour ceux qui ont des difficultés, les accompagner.
On doit avoir une tolérance zéro sur les violences faites aux enfants.
Vous êtes aussi impliqué dans la lutte contre les violences faites
aux femmes.

Quel bilan tirez-vous de ces dernières années ?


G. L. – Soyons positifs, nous avons énormément progressé… mais beaucoup de choses restent à faire. Notamment la formation des jeunes médecins sur ce sujet pour repérer ces femmes victimes et surtout faire appliquer et respecter la loi. Il faut parler des violences, faire de la prévention, condamner les agresseurs et donner des solutions d’hébergement aux femmes qui doivent quitter leur compagnon violent et être protégées. Tout cela implique des moyens pour les associations qui accueillent, hébergent ces femmes et leurs enfants.

Contacts utiles : Fondation pour l’enfance (urlz.fr/936E). Association Stopveo (stopveo.org). Le 119 (Enfance en danger). Solidarité femmes (solidaritefemmes.org). Le 3919 (violences femmes info). Le 0800 05 95 95, (Viols femmes informations) appel gratuit.