Ophtalmologistes trop rares, délais infernaux pour obtenir un rendez-vous, dépassements d’honoraires et lunettes à prix prohibitifs… Pas facile aujourd’hui de préserver sa santé visuelle. Heureusement, des solutions existent et commencent à se mettre en place.

Ophtalmos : pourquoi tant d’attente pour obtenir un rendez-vous ?

Soixante-douze jours : c’est le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste. Dans certains départements, il faut parfois même attendre sept mois ! En outre, 15 % des ophtalmos ne sont plus en mesure
d’accepter de nouveaux patients. C’est à Paris, dans les Hauts-de-Seine, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône que les délais d’attente sont les plus courts (de vingt-quatre à quarante jours en moyenne). A l’inverse, dans la Loire, le Finistère, en Isère, en Seine-Maritime, en Picardie ou en Franche-Comté, les délais sont supérieurs à cent cinquante-deux jours.

La Loire est en tête des dix départementsoù le délai (deux cent cinq jours en moyenne) est le plus long. C’est aussi
le département où le taux d’impossibilité de prendre rendez-vous est le plus élevé (65 %). Selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), 17,1 % des patients renonceraient à consulter parce que le délai est trop long.

La situation est d’autant plus préoccupante que, avec le vieillissement de la population et les maladies qu’il entraîne – glaucome, dégénérescence maculaire liée à l’âge, rétinopathie diabétique, cataracte –, les besoins ne vont cesser de croître. De plus, les ophtalmologistes, eux aussi, ont vieilli. Les trois quarts d’entre eux
ont aujourd’hui plus de 50 ans.

Pourquoi les consultations sont-elles si chères ?

Quand enfin on obtient un rendez-vous, bien souvent, il coûte cher. L’ophtalmologie est en effet la spécialité
où les dépassements d’honoraires sont les plus fréquents et les plus importants. 57 % des médecins les pratiquent. Dans certains départements, il est devenu presque impossible de trouver un spécialiste en secteur 1.
De plus, moins de 5 % des ophtalmos ont signé le contrat d’accès aux soins, qui permet aux patients d’obtenir
un meilleur remboursement.

Quelles pistes pour améliorer la situation ?

Le récent relèvement du numerus clausus (nombre de places en ophtalmologie pour les internes en médecine)
de 106 à 150 ou l’arrivée d’ophtalmologistes étrangers (25 % des nouvelles inscriptions à l’Ordre) ne suffira
pas à compenser totalement les départs à la retraite et à augmenter significativement le nombre d’ophtalmologistes.
A la suite d’une étude de l’Inspection générale des aff aires sociales (Igas), Marisol Touraine, ministre de la Santé,
a présenté des nouvelles mesures dans le projet de loi de modernisation du système de santé adoptée fin 2015.
La première : développer le «travail aidé» dans les cabinets d’ophtalmologie, soit la délégation d’une partie des soins à des orthoptistes ou des optométristes. Ce processus permettrait d’augmenter jusqu’à 35 % le nombre
de consultations possibles…
La deuxième : permettre aux patients de renouveler leurs lunettes sans repasser par la case ophtalmo. Une ordonnance pour des lunettes et/ou des lentilles de contact reste ainsi désormais valable trois ans.
A terme, de plus grandes missions en matière de contactologie pourraient aussi se voir dévolues aux opticiens.
L’idée de leur confier l’apprentissage de la pose, de la dépose et de l’entretien des lentilles correctrices fait consensus, dès lors que la prescription initiale et la vérifi cation de l’état de la cornée ont été faites par un médecin.