Le procès pénal du Mediator, ce médicament des laboratoires Servier prescrit comme coupe-faim qui a fait environ 5 000 victimes (dont certaines sont décédées), s’ouvre lundi 23 septembre au tribunal de grande instance de Paris. Il durera six mois. C’est la pneumologue Irène Frachon qui, la première, en 2009, a lancé l’alerte.

5 000 victimes, 376 avocats, 25 prévenus, plusieurs tonnes de dossiers… C’est un procès hors norme qui s’ouvre à Paris, lundi 23 septembre. Celui du Mediator.

L’affaire du Mediator

Au départ, ce médicament mis sur le marché à la fin des années 1970 par les laboratoires Servier était prescrit comme traitement des hypertriglycéridémies et du diabète de type 2 avec surcharge pondérale. Soignants et patients remarquent qu’il agit aussi comme coupe-faim. Très vite, il est détourné de ses qualités premières et des milliers de malades finissent par l’adopter pour maigrir. Au total : 5 millions de personnes ont pris du Mediator sur prescription médicale, remboursé à 65 % par la Sécurité sociale. Problème : ce traitement a des effets secondaires très graves, voire mortels, sur l’appareil pulmonaire et les valves cardiaques.

Il est enfin retiré du marché en 2009 après avoir fait plus de 5 000 victimes, dont certaines sont décédées.

Irène Frachon lance l’alerte

C’est la pneumologue Irène Frachon (Chu de Brest) qui a révélé l’affaire du Mediator. Elle décrit dans son livre, Mediator 150 mg, combien de morts ? les premiers cas graves qu’elle rencontre à l’hôpital. Tous ces patients qui souffrent d’hypertension artérielle pulmonaire (Htap) ont pris ou prennent encore du Mediator. Elle mène l’enquête auprès de certains de ces confrères, cardiologues notamment, et finit par trouver 45 cas de valvulopathies chez des patients ayant pris du Mediator. C’est alors qu’elle lance l’alerte auprès des autorités de santé pour faire retirer ce médicament. Mais ces dernières font la sourde oreille. Après de nombreuses tergiversations, le Mediator est enfin retiré du marché en 2009.

Les laboratoires Servier

Dans le procès qui s’ouvre le 23 septembre, les laboratoires Servier sont mis en cause pour « tromperie aggravée ». Ils auraient sciemment caché la véritable nature du Mediator, prescrit, en dehors de son indication, comme coupe-faim.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) est elle aussi sur le banc des accusés, mise en cause, pour pour « homicides et blessures involontaires », car elle n’a pas été capable d’ « assurer un contrôle effectif réel du médicament ».

Jacques Servier, l’ancien patron du laboratoire, décédé en 2014, sera le grand absent au procès.