Médecine scolaire : le nombre de praticiens en chute libre

Faute de valorisation et face à des conditions de travail de plus en plus dégradées, la médecine scolaire voit le nombre de ses praticiens diminuer d’année en année.

Un nombre de médecins en chute libre et, en parallèle, une liste de tâches qui ne fait que s’allonger, des territoires où on ne compte qu’un médecin scolaire pour 46 000 élèves… La mission de prévention et de dépistage précoce des médecins scolaires serait en passe de manquer ses objectifs – et de loin. Selon un récent rapport de l’Académie nationale de médecine, la profession traverse une crise profonde qui n’est pas sans conséquence pour la qualité de la prévention dispensée aux élèves.

« La prévention des grands fléaux tels que tabagisme, obésité, alcoolisme ou addictions diverses doit s’établir dès le plus jeune âge, soulignent les auteurs du rapport. L’école est un des lieux de choix pour la mise en place des actions de dépistage et d’éducation pour la santé. La médecine scolaire constitue pour cela un domaine d’action primordial mais son organisation actuelle est loin d’être satisfaisante. » A l’origine instaurée comme une médecine de prévention, la médecine scolaire a vu ses prérogatives augmenter d’année en année : en plus des visites et du dépistage, le professionnel de santé prend aujourd’hui en charge les élèves en situation de handicap, ayant une maladie chronique ou des difficultés d’apprentissage.

20 % de médecins en moins en dix ans

Le nombre de médecins scolaires est en diminution constante, passant de 1 400 en 2006 à un peu plus de 1 000 en 2016. Soit une diminution de 20 % en dix ans. Alors qu’il faudrait en théorie un médecin pour un secteur qui comprend entre 5 000 à 7 000 élèves, la situation est, par endroits, devenue dramatique. Si en 2004 le taux d’encadrement était encore tenable (5 660 élèves par médecin) et variait peu d’un territoire à l’autre (allant de 4 900 à 6 300 élèves par médecin), une enquête récente du Snmsu-Unsa éducation, le syndicat national des médecins scolaires, reprise dans le rapport, relève qu’en 2016, le taux moyen d’encadrement variait de 2 000 à 46 000 élèves par médecin, sachant que certains départements n’en comptent même plus.

Et la situation devrait encore s’aggraver dans les années à venir avec les départs à la retraite, puisque l‘âge moyen des médecins scolaire s’établit à 55 ans et que 240 médecins ont entre 60 et 65 ans.

Avec une conséquence majeure : un dépistage moins efficace chez les élèves. Bien qu’obligatoire, et instauré en 1945, l’examen médical d’entrée à l’école primaire pour tous les enfants de six ans, n’est effectué en moyenne que pour 57 % des élèves. Ce chiffre cache une forte disparité selon le territoire, passant de 0 à 90 % d’après une enquête menée en 2015-2016 par le Snmsu-Unsa. « Une telle carence pénalise les élèves issus de milieux défavorisés qui n’ont pas d’accès régulier à un médecin généraliste ou à un pédiatre », dénoncent les auteurs du rapport.

Un poste trop peu attractif

Moins bien rémunérés que les autres médecins de la fonction publique, les médecins scolaires doivent faire face à un réel manque de reconnaissance. « L’expertise de médecins de l’Education nationale est peu valorisée. Ils sont considérés par l’administration comme « sans spécialité ». Une telle situation dissuade les plus jeunes médecins de choisir aujourd’hui la médecine scolaire », regrettent les auteurs du rapport.

« Or, la spécificité de leur profession justifie la reconnaissance d’une formation universitaire de santé scolaire, telle qu’une Fst (formation spécialisée transversale). Elle donnerait une meilleure visibilité à la médecine scolaire et, de ce fait, clarifierait le statut des médecins scolaires », préconisent-ils.

La solution serait aussi à trouver du côté des infirmières scolaires, qui sont environ 7 000 en France. Elles pourraient en effet pallier la carence actuelle de médecins scolaires si un enseignement spécifique suffisamment long leur est dispensé.