
A l’approche des municipales, Timothée Duverger, ingénieur de recherche à Sciences Po Bordeaux où il est responsable de la chaire Territoires de l’ESS (TerrESS), rappelle que l’économie sociale et solidaire cherche avant tout à répondre aux besoins collectifs de la société. Un modèle démocratique ancré dans les territoires mais fragilisé par la baisse des soutiens publics.
Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ?
Timothée Duverger : C’est une économie des solutions, et non pas des profits. L’ESS cherche en effet à répondre à des besoins de la société : faire garder ses enfants, se protéger face à des aléas (maladie, risques), accéder au crédit, accompagner ses parents vieillissants… Lorsqu’il y a une demande sociale, l’ESS cherche à y répondre.
De quelle manière ?
T. D. : En créant une crèche associative, une mutuelle, une banque coopérative, un service d’aide à domicile ou un Ehpad… L’ESS construit, et souvent coconstruit, ces solutions directement avec les bénéficiaires à travers un certain nombre de statuts juridiques : associations, coopératives, mutuelles, fondations ou sociétés commerciales de l’économie sociale et solidaire. C’est aussi une économie collective, qui repose sur des logiques d’action partagée plutôt que sur une personne seule qui détiendrait le capital.
En quoi l’ESS se différencie-t-elle d’une économie fondée sur la recherche du profit ?
T. D. : Plutôt que de faire du profit, elle cherche avant tout à répondre à ces besoins de la population. Son objectif est de bâtir des modèles économiques viables, mais qui ne visent pas à rémunérer des actionnaires. L’ESS est un modèle économique et social qui place l’humain et le collectif au cœur de son action.
L’ESS est soumise au même régime que celui des services publics : une réduction des soutiens de l’Etat au profit des logiques de marché.
Quelle est sa philosophie ?
T. D. : L’ESS repose sur des valeurs de coopération, de solidarité et de démocratie, mais également de transition écologique et d’autogestion. Il s’agit avant tout de groupements de personnes, et pas de sociétés de capitaux. Les structures de l’ESS concrétisent l’engagement collectif. La force de l’ESS, c’est l’énergie citoyenne.
Les mutuelles font donc également partie de l’ESS ?
T. D. : Les mutuelles sont l’une des sources historiques fondamentales de l’économie sociale et solidaire. Les sociétés de secours mutuel, dès les années 1830, ont en effet été parmi les premières formes d’organisation de l’économie sociale, héritières de solidarités plus anciennes comme les confréries ou les compagnonnages. Les mutuelles sont donc un pilier historique de l’ESS. Elles incarnent les principes de solidarité et de répartition des risques.
Aujourd’hui, elles sont soumises à des pressions (concurrence des assurances privées, taxes et réglementations accrues de la part de l’Etat), malgré cela, elles continuent à porter des mécanismes de solidarité, sans redistribution à des actionnaires. Elles sont aussi impliquées dans les activités sanitaires et médico-sociales, avec des actions de soins, d’accompagnement et de prévention. Elles jouent un rôle territorial essentiel, notamment dans les zones rurales, là où l’Etat se désengage et où le privé ne va pas.
De quand date l’ESS ?
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