Depuis quelques années, les films « sociaux » emplissent les salles de cinéma, et l’engouement populaire ne se dément pas. 

Le phénomène a débuté en 2011 avec Intouchables. A l’époque, le monde du cinéma français est pris de court. Comment un film racontant la véritable histoire de Philippe, tétraplégique évoluant dans un milieu aisé et de son aide-soignant Driss, d’origine sénégalaise, avait-il pu devenir le deuxième plus gros succès français avec 19,44 millions d’entrées ? Depuis, ces films parlant de la « vraie vie » se multiplient. Ils abordent le monde des femmes Sdf avec Invisibles qui raconte l’histoire de l’Envol, centre d’accueil pour femmes sans-abri, que l’administration veut fermer, mais que des travailleuses sociales réussissent à sauver en faisant preuve de désobéissance civile. 

Ils montrent des « cabossés de la vie » plongeant dans le Grand Bain et reprenant goût à la vie en s’investissant dans leur équipe de natation synchronisée. Ils dépeignent le monde impitoyable de l’entreprise (la Loi du marché) ou la violence des plans sociaux (En guerre). Ce dernier relate le combat de Laurent Amédéo (Vincent Lindon) pour sauver l’emploi des 1 100 salariés de Perrin Industrie. Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des employés et un bénéfice record de l’usine, la direction décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées… vont mener à la tragédie. 

De l’espoir, malgré tout 

Les caméras des réalisateurs se posent aussi à la campagne dans Au nom de la terre, qui retrace la réelle histoire d’un agriculteur (Guillaume Canet à l’écran) poussé au suicide car criblé de dettes. Elles vont dans les écoles de banlieues difficiles pour filmer la Vie scolaire. Dernier succès en date, Hors normes revient sur les péripéties romancées d’un centre d’accueil pour enfants autistes et de son fondateur – ils existent vraiment. 

Comment expliquer de tels succès ? « Sans doute parce que chacun peut se retrouver dans ces personnages qui donnent de l’espoir, de la philosophie et toujours avec humour », estime Adda Abdelli, héros de la série Vestiaires qui, depuis neuf ans sur France 2, raconte les tribulations de Romy et Orson, deux nageurs handicapés. « Les gens se disent : “Je suis dans une situation compliquée, mais si cette personne sans bras, ce Romy qui a les jambes atrophiées ou tous ces gens dans la mouise parviennent à rire et à s’en sortir, je peux y arriver.” »

Un festival dédié

« A l’image de ce que fait Ken Loach en Angleterre, il y a aujourd’hui en France une conjugaison entre fait social et savoir-faire cinématographique. Et c’est une très bonne chose », explique Anne Brucy, ancienne journaliste et déléguée générale du Festival du film social français, porté par l’association la 25e Image. Cet événement qui se tient du 6 au 8 octobre 2020 est organisé à Paris, Nice et valence à l’initiative de plusieurs écoles de travailleurs sociaux.« Nous souhaitons faire connaître de beaux films – documentaires, fictions ou dessins animés –,qui abordent des problématiques sociales et humaines, sans être servis par des têtes d’affiche. » La troisième édition devrait s’ouvrir à l’international : Belgique ou Québec.