Agnès cherche Euthyrox désespérément

Alors qu’un rapport signale 17 000 plaintes contre le nouveau Levothyrox, l’Euthyrox (ancienne formule) n’est toujours pas disponible en pharmacie.

Agnès fait partie de ces patients, nombreux, à avoir dès l’été dernier ressenti les conséquences pour leur santé des changements de la formule du Levothyrox, médicament qu’elle prend depuis 15 ans pour soulager son hypothyroïdie… Prises de poids subites, désordres intestinaux, poussées d’eczéma -elle n’en n’avait jamais eu par le passé- se sont déclenchés au plein coeur de l’été : « J’étais en vacances, détendue, pas question d’incriminer le stress. Aucune méfiance, non plus, envers ce nouveau Levothyrox. Je n’avais même pas vraiment réalisé que le médicament était différent. J’ai surtout pensé à un changement de conditionnement. » Deux mois plus tard, elle doit se rendre à l’évidence. Il y a un problème avec cette nouvelle formule. Elle n’est pas la seule. Plus de 17 000 patients traités avec la nouvelle formule du Levothyrox ont signalé des effets indésirables, indique un rapport de l’Agence de sécurité du médicament, publié le 30 janvier 2018. Ils pourraient être beaucoup plus, comme Agnès qui n’a pas fait remonter de plainte, mais subit en silence, jour après jour, les désagréments parfois importants de ce changement.

19 décès enregistrés

« Fatigue, vertiges, douleurs musculaires, pertes de cheveux, idées suicidaires… les plaintes des patients ont atteint un pic en juin-juillet 2017, soit trois mois après l’arrivée de la nouvelle formule du Levothyrox. »

« Nous ne constatons pas de nouvel effet indésirable par rapport à l’ancienne formule contenant du lactose », insiste Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament, interrogée par Le Figaro. Mais le nombre de signalements d’effets indésirables avec la nouvelle formule est inédit.

Dix-neuf cas de décès ont été enregistrés dans la base nationale de pharmacovigilance (BNPV) chez des patients traités avec la nouvelle formule du Levothyrox. Pour l’heure, le rapport indique qu’on ne peut « retenir ou exclure formellement » cette dernière pour expliquer ces décès, tandis que l’Agence de sécurité du médicament considère qu’« il n’y a pas de lien établi » avec la nouvelle formule.

Et maintenant une liste d’attente

Lien ou pas, il n’en reste pas moins que le doute existe chez les patients. Et à l’inverse de l’effet placebo, le manque de confiance envers un médicament peut perturber gravement son efficacité.

Ce matin, Agnès T. est allée chez son généraliste. Rassurant, il lui a prescrit l’ancienne formule du Levothyrox désormais appelée Euthyrox et disponible partout, selon les dires de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Après 8 mois de calvaire,  les choses allaient donc rentrer dans l’ordre… Enfin. Avec son ordonnance, Agnès s’est rendue dans sa pharmacie de quartier : « Nous n’avons pas d’Euthyrox a déploré la pharmacienne. On en demande tous les jours au grossiste. il n’en n’a pas. Aucune pharmacie n’en a. » Agnès est têtue et invoque les propos sans ambiguïté de la ministre.  La pharmacienne décide donc d’appeler, devant elle, le principal grossiste en médicaments d’Ile-de-France. De ce côté là non plus, pas plus d’Euthyrox que de beurre en branche. Une petite dotation a bien été reçue en octobre. Elle était épuisée en quelques heures. Pour un approvisionnement ? Aucune date à donner aux patients. La pharmacienne a une solution… Elle peut inscrire Agnès sur une liste d’attente… Une liste d’attente ? Tant pis, elle continuera donc son traitement avec le Levothyrox car si ce n’est pas extraordinaire avec, impossible de s’en passer. « Mais si je vous donne du Levothyrox, vous ne serez pas remboursé, lui indique la pharmacienne car on vous a prescrit de l’Euthyrox. Vous devez retourner chez votre médecin pour une nouvelle ordonnance. »

Les humeurs fluctuantes et l’épuisement sont parmi les symptômes les plus fréquents rencontrés par les patients de la thyroïde qui doivent tenter de mener une vie paisible, sans stress inutile… Patients ? Ils n’auront jamais autant mérité leur nom.