Quel est le moral des Français, leur rapport à la société, au travail, leur vision de leur santé ?Pour la quatrième année consécutive, le baromètre OpinionWay/ MGEN et la mutuelle belge Solidaris – dresse un portrait du bien être des français commenté par Michel Wieviorka, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Ce n’est pas une bonne nouvelle, l’indice global de bien-être, qui s’établit sur une échelle de 0 à 100, est passé à 57,5 en 2019, soit une baisse de – 1,8 par rapport à 2018 (59,3).

La baisse observée en 2019 touche les deux sexes, alors qu’elle concernait uniquement les femmes en 2018. La santé physique est le seul indicateur plus favorable chez les femmes.

L’estime de soi tombe à 46,8 (écart de 5 par rapport aux hommes) avec un recul de près de 10 points en 1 an. Et la santé mentale des femmes chute à 58,7, avec un recul de près de 8 points en 1 an.

Les 40/59 ans restent la tranche d’âge avec le plus faible indice de bien-être et de confiance : 54,7. Pour les moins de 40 ans, indice global de 57,2. Génération tirée par une bonne santé physique, elle dégringole en termes de qualité du relationnel, conditions objectives de vie et en estime de soi. Les plus de 60 ans ont l’indice le plus élevé : 61,1 avec une auto-perception de leurs santés physique et mentale en hausse.

Un rapport au travail en pleine mutation

Si les cadences semblent moins problématiques, c’est le sens du travail qui semble poser question. En un an, c’est près de 20 points de recul sur cet indicateur. 54,3% des Français estiment faire un travail vraiment utile pour la société, notamment les hommes à 57,4% contre 51,5% chez les femmes.

Notamment, ils sont moins nombreux à se sentir appréciés ou reconnus par les gens avec lesquels ils travaillent ou étudient 63,5%, contre 76,4% en 2018. En revanche, 30,4% des Français estiment avoir des possibilités de promotion contre 24,7% en 2018.

Le sentiment de compétition progresse dans la société : 29,8% estiment être en compétition avec leurs collègues ou camarades contre 22,5% en 2018. 56,2% ont le sentiment de pouvoir compter sur leurs collègues en cas de souci contre 69,3% en 2018.

Concernant l’équilibre vie privée/vie professionnelle, 63% des Français réussissent à concilier les deux contre 71,5% en 2018. La sensation de temps en dehors du travail s’en ressent avec 49,8% de Français qui n’ont pas suffisamment de temps pour leur vie personnelle contre 61,6% en 2018.

Cette perte de sens spectaculaire est à relier avec la sortie de l’ère industrielle classique, au déclin du capitalisme et à la poussée de l’individualisme qui fabrique de la compétition. Dans un livre sur les inégalités, François Dubet montre qu’elles sont vécues personnellement et non pas au sein de larges classes sociales, estime le sociologue Michel Wieviorka,

Une vision ambivalente du système de santé

Sur le report de soins, 18,6% des Français ont renoncé à aller chez un médecin généraliste pour raisons financières (+12 points en 4 ans) ; 67% trouvent le délai d’attente pour un spécialiste trop long.

Concernant l’accès aux soins, 55,4% des Français jugent le délai d’attente trop long pour être admis à l’hôpital (hors urgences et maternité). 58,9% indiquent qu’il y a suffisamment de structures hospitalières dans leurs régions (-11 points sur 1 an) et 45,2% des Français considèrent qu’il y a suffisamment de professionnels de santé dans leur région (-12 points sur 1 an).

Le rapport aux organismes de santé évolue : 49,6% des Français croient que la Sécurité sociale est utile pour améliorer leur quotidien et 40,7% pour les mutuelles. Des chiffres en baisse de 12 et 8 points en un an pour les deux entités citées au-dessus. Et s’ils sont encore 68,2 % à estimer que leur médecin généraliste contribue à améliorer leur vie, ce pourcentage a dégringolé de 13 points en un an. Pour les experts, ce dernier résultat relèverait plus de la déception que de la perte de confiance; insatisfaction face à la difficulté qu’ont aujourd’hui les Français à trouver un médecin traitant et lorsqu’ils en trouvent un, le peu de disponibilité, faute de temps, de celui-ci à leur égard.

Malgré tout, 61,6% jugent le système de santé français d’excellente qualité (- 8 points sur 1 an).

L’inquiétude face au coût des médicaments et leur pénurie s’installe. 16,9% ont renoncé à l’achat de médicaments prescrits pour raisons financières au cours des 12 derniers mois (+10 points sur 4 ans). Et 23,4% des Français ont dû renoncer à des médicaments en raison de leur indisponibilité.

La perception de notre système de santé est fortement corrélée avec l’âge des individus : les – de 40 ans sont les plus sévères à considérer le système de santé comme étant de qualité : 53% ; les 40-59 ans : 65% et les + de 60 ans : 68%.

En France, les plus âgés ont eu plus de chance que les jeunes générations. Ils sont conscients de vivre plus vieux et en bonne santé grâce aux progrès en matière de santé.

«On peut dire également que les gilets jaunes ont mis le doigt sur le manque de médecins et la désertification médicale» conclut Michel Wieviorka