Loyers trop élevés, pénurie de logements sociaux, propriétaires peu scrupuleux… Trop de familles sont encore mal logées en France.

Le lundi 5 novembre 2018, deux immeubles vétustes du quartier populaire de Noailles, à Marseille, s’écroulent, tuant huit personnes. Dans les semaines qui suivent, un immeuble adjacent est démoli et la municipalité évacue dans la pagaille plus de 1 600 Marseillais habitant dans des logements « subitement » devenus dangereux. Le drame révèle
de multiples dysfonctionnements des services municipaux. Une information judiciaire contre X est ouverte. Des milliers de personnes manifestent pour dénoncer la gestion de la ville. Marseille serait-elle une terre d’exception ? Ou faut-il craindre que de telles catastrophes arrivent ailleurs ?

Pour Christophe Robert, responsable à la Fondation Abbé-Pierre, « il existe sans doute une défaillance politique marseillaise que les juges seront chargés de démontrer. Je ne peux pas imaginer que ce type de catastrophe puisse se reproduire. Pour autant, la question du logement insalubre est patente dans de nombreux lieux ». On estime
à 100 000 le nombre de copropriétés indignes en France, qui pourraient représenter entre 400 000 et 600 000 logements. « L’enseignement que l’on peut retirer de la tragédie de Marseille, c’est que ce n’est pas un
hasard si ce sont des pauvres qui sont morts. Et c’est toute la politique du logement en France qui est en cause : s’il y avait assez de logements sociaux, si les loyers privés étaient moins chers, encadrés, ces personnes ne se seraient pas retrouvées dans de tels taudis », s’indigne Christophe Robert.

4 millions de mal-logés

Globalement, et la Fondation Abbé-Pierre le confirme, la qualité des logements s’améliore depuis cinquante ans. Les normes d’hygiène et de sécurité sont de mieux en mieux respectées. Mais les problèmes prennent de nouvelles formes : des gens vivent dans des caves, des garages, des parkings, en division pavillonnaire (plusieurs familles locataires dans une même maison). On voit revenir bidonvilles et campements. Quant au nombre de Sdf, il a explosé. Au total, ce sont sans doute près de 4 millions de personnes qui pourraient être concernées par le mal-logement. Des locataires, mais aussi beaucoup de propriétaires-occupants qui n’ont plus les moyens d’entretenir leur logement ou de payer leurs charges.

La Fondation Abbé-Pierre et le Collectif des 36 associations unies pour le logement des personnes sans abri et mal logées regrettaient, lors d’une conférence de presse fin décembre, que dans le débat avec les Gilets jaunes, pas un mot n’ait été dit sur le logement : « C’est pourtant l’élément fondamental du pouvoir d’achat, estime Florent Guéguen, directeur de la Fnars.
Rien non plus sur les 5 euros de moins sur les Apl. Pis, ce gouvernement a fait des économies sur le logement social à hauteur de 800 millions d’euros. On n’avait jamais vu ça. Ce sera la même chose en 2020. C’est autant de moins pour construire, rénover. »
Fin mars, les expulsions locatives vont reprendre. Les associations demandent qu’elles ne soient pas exécutées lorsqu’il n’y a pas de relogement envisagé : « Il faut anticiper, mettre à profit la trêve hivernale pour trouver des solutions, insiste Christophe Robert. Nous demandons un moratoire sur ces décisions avec dédommagement des bailleurs, comme le permet le fonds d’indemnisation des propriétaires. »