
Solimut a tenu son assemblée générale le 19 mai à Marseille. L’occasion, pour les mutualistes, de réaffirmer leur attachement à un système de santé solidaire à l’heure où le modèle est attaqué de toutes parts. Le point avec Lisa Ribeaud, présidente de la mutuelle*.
Dans quel contexte s’est déroulée votre AG ?
Lisa Ribeaud : Notre assemblée générale s’est tenue dans un climat particulier, marqué par beaucoup d’inquiétudes sociales, économiques et démocratiques. Les crises internationales, la hausse du coût de la vie et les tensions sur notre système de santé pèsent fortement sur les adhérents. Ensuite, si l’on recentre le regard sur ce qui se passe dans notre pays, on ne peut que constater l’amplification de deux dynamiques déjà présentes depuis plusieurs années : d’un côté, la banalisation des logiques de repli et, de l’autre, la progression d’une vision de plus en plus budgétaire de la protection sociale, qui considère la santé comme une variable d’ajustement. Ces deux dynamiques remettent en cause les solidarités et affaiblissent ce que nous, mutuelles, pouvons faire pour nos adhérents. L’AG s’est donc déroulée avec une forme d’inquiétude, mais qui n’engendre toutefois aucune résignation chez nos militants et nos délégués : ils restent mobilisés et déterminés à défendre l’accès égal de toute la population à la santé.
Quelle est votre réaction aux nouveaux transferts de charges de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé annoncés par le gouvernement ?
L. R. : Ces mesures aggraveraient encore davantage la situation. On parle de transferts pouvant atteindre jusqu’à 1,7 milliard d’euros supplémentaires et le maintien de la hausse de la taxe sur la santé de 1 milliard d’euros. La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 avait déjà acté près de 400 millions d’euros de transferts… La manœuvre, on la connaît bien : il s’agit de réduire la part de la Sécurité sociale dans le remboursement des soins, de la transférer vers les mutuelles et donc vers les adhérents mutualistes – ou directement vers les assurés sociaux lorsqu’ils n’ont pas de mutuelle. Finalement, ce sont eux qui mettent la main à la poche.
Une autre voie est possible, en particulier pour le financement de la protection sociale.
Ce qu’il y a de particulièrement inquiétant ici, c’est qu’on se retrouve à un point de bascule. Concrètement, sur certains postes comme les transports médicaux, le ticket modérateur pourrait atteindre 95 %. Cela signifie que, sur 100 euros de dépense, l’Assurance maladie ne rembourserait plus que 5 euros, laissant le reste à la charge du patient. En clair, l’Assurance maladie ne remboursera pratiquement plus rien. Cela revient à laisser de nombreuses personnes seules face à des dépenses indispensables, notamment celles qui n’ont pas mutuelle.
Certains accusent les mutuelles d’être responsables de la hausse des dépenses de santé…
L. R : Ça, c’est le second point de bascule : la manière dont on traite les mutuelles. Nous sommes désormais clairement désignées comme responsables. Il faut remettre les choses dans l’ordre. Les dépenses de santé augmentent d’abord parce que la population vieillit, parce que les maladies chroniques progressent et parce que les besoins de soins sont plus importants. Les mutuelles n’inventent pas ces dépenses : elles les prennent en charge. Ensuite, les mutuelles subissent elles-mêmes des décisions politiques. Les taxes qui pèsent sur elles sont passées de 0 à 14 % en une vingtaine d’années.
Et lorsque l’Etat transfère des remboursements de la Sécurité sociale vers les mutuelles, il nous demande mécaniquement de financer davantage. Nous sommes des organismes à but non lucratif. Nous n’avons pas d’actionnaires à rémunérer. Notre modèle repose sur un pot commun, sur une organisation concrète de la solidarité. C’est pourquoi nous refusons que les mutuelles soient désignées comme responsables de décisions qu’elles subissent en grande partie. Derrière la baisse du périmètre de la Sécurité sociale et les attaques contre les mutuelles, c’est une attaque plus large contre la solidarité qui est orchestrée. Celle-ci devient presque suspecte.
Quelles sont vos orientations pour inverser la tendance ?
L. R : Nous souhaitons transmettre un message d’espoir en faisant savoir à nos adhérents et au grand public que rien n’est écrit d’avance. Une autre voie est possible, en particulier pour le financement de la protection sociale. Actuellement, certains revenus ne sont pas soumis à des prélèvements. Il y a des inégalités de plus en plus profondes dans les contributions, qui font reposer l’effort de solidarité majoritairement sur les ménages tandis que d’autres en sont exonérés.
Au total, les exemptions de cotisations sociales représentent 14 milliards d’euros de manque à gagner. Ces montants sont considérables, alors même que le déficit de la Sécurité sociale est utilisé pour justifier de nouveaux reculs. Pour nous, le sujet n’est donc pas comptable, c’est un choix de société : veut-on continuer à organiser la solidarité à l’échelle collective, ou accepte-t-on de faire peser de plus en plus la charge de la santé sur les individus ?
Comment mieux défendre cette autre voie ?
L. R : Nous voulons passer d’une parole portée au nom des adhérents à une parole construite avec eux. C’est tout le sens de la communauté des adhérents que nous souhaitons développer, l’idée étant de partir de leur vécu, par exemple le renoncement aux soins ou l’absence de médecin traitant… A partir de ces témoignages, nous voulons construire des actions utiles : information, prévention, accompagnement, interpellation des pouvoirs publics, plaidoyer. Une mutuelle ne doit pas seulement rembourser. Elle doit aussi écouter, relier les expériences individuelles et les transformer en force collective.
Avez-vous déjà testé ce type de démarche ?
L. R : Oui, à travers la thématique de la santé des femmes qui est un des angles morts des politiques publiques. Nous avons lancé un questionnaire pour connaître le point de vue de nos adhérentes. De là, nous avons fait émerger une parole collective et commencé à produire des supports de prévention et d’information, par exemple sur la santé menstruelle ou sur la ménopause. De tout cela, nous ferons un plaidoyer pour la santé des femmes qui sera porté par la mutuelle et par ses partenaires en vue de l’élection présidentielle. C’est notre méthode : écouter, associer, construire une expertise mutualiste, un programme de santé, et élaborer une parole politique afin de nourrir le débat et faire changer les choses.
Serez-vous présents au congrès de la FMF en décembre à Nantes ?
L. R : Oui, bien sûr. Le congrès va réunir tous les acteurs du monde social et associatif, tous ceux qui refusent la résignation, veulent construire ensemble les solidarités de demain et montrer qu’un autre modèle de société est possible. Nous serons là pour contribuer à cette dynamique, particulièrement en cette période compliquée où, à l’approche de la présidentielle, il y a un véritable danger pour notre démocratie. Nous serons présents pour construire une voie mutualiste forte : défendre la santé, c’est défendre un choix de société. Celui de la solidarité, de l’égalité d’accès aux soins et de la démocratie sociale.
* Interview réalisée cet été avant l’annonce du doublement du plafond des franchises médicales.

LA SANTÉ DES FEMMES À L’HONNEUR
Et si on parlait de ménopause ? Et si on parlait des menstruations ?
Voici les titres des deux livrets édités par Solimut dans le cadre de sa campagne nationale « Les inégalités de genre en santé sont d’abord politiques ! » Validés par Laure Fabre, sage-femme et ingénieure en santé publique, ces deux supports ont été réalisés en réponse aux questions soulevées par les adhérentes dans le cadre d’une enquête menée sur le sujet par la mutuelle. Ils serviront notamment à construire un plaidoyer pour la santé des femmes qui sera porté par Solimut et ses partenaires dans le cadre de l’élection présidentielle.
Pour se procurer les livrets : solimut.fr




























