Tout le monde s’accorde à dire que le sport est bon pour la santé. Qu’en est-il vraiment avec l’entrée en vigueur de la loi sport et santé, le 1er mars ? Interview d’Agnès Chretin-Rochette, éducatrice sportive en activité physique adaptée (Apa) à Lyon (Rhône).

Le sport sur ordonnance a-t-il acquis ses lettres de noblesse ? Oui, si l’on en s’en réfère à la loi du 26 janvier 2016, qui entre en application le 1er mars 2017. En effet, les patients souffrant d’affections de longue durée (Ald) [fn]Maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers… Elles touchent 10 millions de personnes en France.[/fn] pourront se voir prescrire des activités physiques adaptées (Apa) dans le cadre de leur traitement. Mais, la question du financement des activités et celle de la formation des éducateurs reste en suspens.

Interview d’Agnès Chretin-Rochette, éducatrice sportive en activité physique adaptée (Apa) à Lyon (Rhône).

En quoi consiste votre activité ?

Je suis éducatrice sportive spécialisée. Je travaille avec tous les publics mais principalement avec des patients atteints d’affections cardio-respiratoires et de la maladie d’Alzheimer. J’ai fondé en 2012, avec ma collègue Joëlle Ailloud, l’association Stimul’en vie, qui propose une pratique diversifiée d’activités physiques et sportives, dans un cadre préventif ou en réadaptation pour des patients atteints d’affection de longue durée (Ald). L’objectif est de redonner l’envie de bouger à des personnes sous traitement et de les aider à stimuler leur corps en libérant l’esprit mais aussi de créer un réseau social pour rompre avec l’isolement.

Pour les problèmes cardio-vasculaires par exemple : j’utilise une méthode qui a pour but de stimuler la mémoire motrice par des exercices variés et sous forme ludique en salle comme à l’extérieur (marche active, marche nordique). L’utilisation de musique et de petits matériels variés (ballons élastiques, petits haltères…) permet de jouer avec l’espace, le corps et le temps, et aussi de travailler la coordination motrice et l’orientation dans l’espace. Tous ces exercices sont en lien avec les capacités d’endurance et de résistance cardio-respiratoires à entretenir.

Les séances dispensées sont progressives et collectives. Les exercices sont individualisés selon nos observations et le ressenti de chacun. 

Que pensez-vous du nouveau décret Sport et santé ?

C’est une très bonne chose car c’est une reconnaissance des bénéfices à long terme de l’activité physique sur la santé des patients, ce que l’on observe depuis déjà de nombreuses années. Les traitements curatifs ne peuvent pas être la seule solution et souvent ils ont des effets secondaires très lourds. C’est aussi une reconnaissance de notre métier d’éducateur sportif spécialisé. Mais la question du financement reste aléatoire. Car les grandes fédérations sportives ont sans doute les moyens de mettre à disposition des éducateurs mais pour nous, petite structure, c’est plus compliqué. Il y a aussi la question de la formation sur le terrain des éducateurs sportifs en activité physique adaptée, qui est très spécifique et que l’on ne peut pas laisser à la légère. Une licence Staps Apa valide cette spécificité, certes, mais pour les gens de terrain que nous sommes il faudrait davantage des lieux de stage avec des tuteurs référencés pour accompagner au mieux les stagiaires.

Selon vous, que faudrait-il améliorer ?

Nous ne sommes pas sponsorisés ni financés par des fonds privés. Nous avons une démarche éthique : nous avons une politique de prix et ce qui nous importe, c’est le bien-être de nos pratiquants. Nous aurions besoin de plus de soutien financier mais pour une petite structure les dossiers de demande de financement par des fonds privés est un vrai parcours du combattant. Nous attendons donc la suite et la volonté réelle et tangible des pouvoirs publics sur le sujet.