« L’avenir, ce n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire »

L’assemblée générale a été l’occasion pour les élus de réaffirmer leurs valeurs. © DR

C’est une assemblée générale pas tout à fait comme les autres qui s’est tenue le 25 juin à Clermont-Ferrand. Au programme: bilan mais aussi perspectives d’avenir. Retour sur ce rendez-vous annuel aux allures de nouveau départ avec Olivier Techec, président de Mutuelle Entrain, et Fabrice Monda, son vice-président.

Comment s’est déroulée cette assemblée générale ?

Fabrice Monda : Il s’agissait de notre première AG depuis la ré­ponse de l’appel d’offres SNCF, sur lequel nous n’avons pas été retenus. Cette assemblée générale nous a permis de réunir un nombre conséquent de délégués et de par­tenaires. Du fait de ce contexte particulier, nous avons choisi de scinder la journée en deux parties. La matinée a été consacrée à tout ce qui est statutaire. L’après-midi a laissé place à une véritable séance de travail autour du potentiel de développement de la mutuelle au travers des nouveaux marchés qui s’offrent à elle, en complément des retraités cheminots. C’était un peu l’originalité de ce rendez-vous annuel.

Olivier Techec : Globalement, les comptes sont bons, toutes les exigences respectées. En re­vanche, il y a une nouvelle donne avec cet appel d’offres lancé par la SNCF. Les partenaires sociaux ont choisi de positionner Malakoff Humanis sur ce contrat. Mais nous nous étions préparés à perdre la gestion  des cheminots actifs. Concrètement, cela signifie qu’il va falloir intensifier les travaux que nous menons, pour être plus efficaces sur les nouveaux péri­mètres que sont les TPE-PME, les entreprises de taille intermé­diaire, les travailleurs non sala­riés (TNS), et toujours la branche transport, puisque c’est la zone dans laquelle nous pensons ap­porter les meilleures solutions.

Même à la SNCF, où la culture d’entreprise est forte, ce ne sont pas forcément les valeurs que l’on porte en mutualité qui l’em­portent.

Olivier Techec

Le tout en continuant de nous occuper des retraités cheminots qui sont chez nous actuellement, et en disant aux autres comme à ceux qui vont prendre leur retraite. d’ici peu de venir nous rejoindre. La mutuelle fait le choix de rester une mutuelle de cheminots, même en s’ouvrant à d’autres périmètres. Nous sommes toujours pris par le quotidien, par l’actualité, par les affaires courantes, et c’est difficile de s’extraire de cette urgence. Là, nous avons vraiment pris ce temps pour discuter, réfléchir, trouver des solutions. Ce sont des moments précieux.

Olivier Techec, président de Mutuelle Entrain, et Fabrice Monda, vice-président de la mutuelle.

F. M. : Des  modifications statutaires et du règlement intérieur ont en outre été validées. Elles seront appliquées à compter du 15 septembre. Quelques sections se sont rapprochées les unes des autres. La composition du bureau a également été modifiée. Ce n’est que du toilettage. Il n’y a rien qui vienne réellement bouleverser l’organisa­tion de notre mutuelle : bien struc­turée, elle a fait ses preuves et va continuer.

O. T. : Au 1er janvier 2026, la mutuelle va devoir porter une attention plus aiguë à son orga­nisation pratique. En perdant les actifs, nous perdons pas mal de délégués et quelques administra­ teurs. Cela va nous demander de détecter et de former de nouveaux militants. Sachant que les actifs qui souhaitent rester chez nous le peuvent, soit en étant membre honoraire soit en s’équipant d’une offre axée sur le remboursement des frais d’hospitalisation. C’est vraiment le gros du travail. Il fau­dra également rester attentif aux frais de gestion. Mais, là encore, ce n’est pas nouveau.

C’est-à-dire ?

F. M. : En réalité, la maîtrise des frais de gestion a toujours été un sujet pour nous puisque maintenir un taux de cotisation supportable passe forcément par cette maîtrise des frais de gestion. Il ne s’agit pas de se faire plaisir, ou d’avoir de bons chiffres, mais de continuer à proposer à nos adhérents la possibilité de se soigner dans un monde où l’accès aux soins est de plus en plus compliqué. Nous avons donc toujours été vertueux en la matière. Maintenant, la perte des actifs fait que, mécaniquement, les frais de gestion pourraient augmenter. C’est la raison pour laquelle nous devons prendre certaines mesures pour les contenir. Celles-ci ont fait l’objet d’une validation en conseil d’administration.

O. T. : Nous avons, en effet, validé, en conseil d’administration, une feuille de route juste après la ré­ponse à l’appel d’offres. Elle tourne autour de trois axes : l’organisation politique, les frais de gestion et la recherche de partenaires capables de nous aider à porter des projets ambitieux.

Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

F. M. : L’histoire se poursuit. Nous allons continuer à l’écrire dans un contexte un peu différent, avec des hommes et des femmes qui croient en ce qu’ils font et à l’importance de la protection sociale. J’ai eu l’oc­casion de faire le tour de France des sections cette année. J’ai pu rencontrer près de 200 délégués et je suis assez fier de participer à l’organisation d’une mutuelle bien vivante. Nous devons réfléchir collectivement à la manière dont nous pouvons atténuer les consé­quences de certaines politiques. Cela fait partie de notre quotidien mutualiste.

O. T. : Il n’y a eu que trois répon­dants à l’appel d’offres : le premier s’appuyait sur le Code des assu­rances, le deuxième – avec à sa tête l’Institution de prévoyance (IP) Malakoff Humanis – sur le Code de la Sécurité sociale, et le dernier, nous, sur le Code de la mutualité. Chacun y est allé avec ses forces et ses ar­guments. Nous concernant, nous avons toujours travaillé en étroite collaboration avec les partenaires sociaux. Mais au moment du choix, les décideurs n’ont pas retenu la so­lution mutualiste pourtant plébis­citée par les cheminots eux-mêmes depuis plus de soixante ans. Autre­ment dit, même à la SNCF, où la culture d’entreprise est forte, ce ne sont pas forcément les valeurs que l’on porte en mutualité qui l’em­portent. Cela donne à réfléchir. Et en ce qui concerne la suite, comme l’a dit le philosophe Henri Bergson: « L’avenir, ce n’est pas ce qui va arri­ver mais ce que nous allons faire. » C’est ensemble que nous devrons trouver les solutions.