
Conditions de travail difficiles, stress, renoncements aux soins… Les travailleurs précaires cumulent les risques pour leur santé physique et mentale. Un cercle vicieux que les recherches commencent à documenter.
Aujourd’hui, avoir un emploi ne protège plus de la précarité. En France, plus d’un million de personnes travaillent tout en étant sous le seuil de pauvreté, selon les dernières données de l’Insee (2022).
Les répercussions sur la santé sont considérables. Dans son baromètre publié en juillet, le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) décrit un véritable cercle vicieux. Les difficultés financières fragilisent les conditions de logement, dégradent l’état de santé, éloignent de l’emploi et aggravent encore la pauvreté. L’organisme alerte notamment sur une « dégradation de la santé, notamment mentale, marquée par une hausse des troubles psychologiques, une détresse accrue chez les jeunes et un renoncement aux soins faute de moyens ou d’accès. Les acteurs de terrain constatent par ailleurs que les problèmes de santé mentale et physique signalés lors des précédentes enquêtes se sont encore aggravés ».
Précarité alimentaire
La précarité alimentaire vient aggraver ces difficultés. Selon un sondage Ipsos-BVA réalisé pour l’Association nationale des épiceries solidaires (Andès), 54 % des travailleurs pauvres déclarent ne pas manger à leur faim.
Certains secteurs concentrent particulièrement ces difficultés. Un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese), publié cette année, insiste sur le cas de « l’aide à domicile, de la grande distribution ou de la logistique [où] les conditions de travail peuvent être éprouvantes. Les horaires sont fractionnés, les cadences intenses, les marges de manœuvre faibles. Près de 45 % des salariés déclarent que leur travail est physiquement ou mentalement pénible ». Le nettoyage illustre également cette réalité.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) constate dans ce secteur « une sinistralité bien supérieure à la moyenne ». Dans un baromètre publié en juillet, l’Anses remarque que les accidents du travail et les maladies professionnelles y sont plus fréquents et plus graves qu’ailleurs. Les troubles musculo-squelettiques, en particulier, sont près de deux fois plus nombreux que pour l’ensemble des salariés.
« Economiquement dépendants »
A ces métiers s’ajoutent de nouvelles formes d’emploi précaire, portées par l’essor des plateformes numériques. Contrats courts, temps partiel subi, revenus irréguliers, statut de micro-entrepreneur, ces travailleurs s’avèrent « juridiquement indépendants mais économiquement dépendants », selon le Cese, en raison de « leurs faibles revenus » cumulés à « une protection sociale limitée ».
Chargé de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Marwân-al-Qays Bousmah a mené l’une des premières grandes enquêtes françaises sur les livreurs des plateformes numériques. Son équipe est allée directement à leur rencontre pour échanger avec eux. « Il existait très peu de données sur ces travailleurs-là, et encore moins concernant leur santé », explique-t-il.
Troubles génito-urinaires
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