Sanofi, le laboratoire pharmaceutique qui commercialise la Dépakine, vient d’être mis en examen pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires ». Une victoire pour les associations de victimes. Cet anti-épileptique, s’il est prescrit chez la femme enceinte, peut provoquer de graves troubles chez le fœtus.

« Je suis extrêmement satisfaite de voir la procédure pénale que j’avais initiée en 2016 franchir une étape importante. Sanofi va devoir s’expliquer pour les dizaines de milliers de victimes empoisonnées, dont plus d’une centaine sont mortes. » C’est en ces termes que Marine Martin, présidente de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), s’exprime, satisfaite de voir son combat gravir une marche importante.

Dépakine : des risques de malformations élevés chez le fœtus

La molécule en cause, le valproate de sodium, est commercialisée depuis 1967 sous la marque Dépakine par Sanofi, mais aussi sous des marques génériques. Elle est prescrite aux personnes souffrant de troubles épileptiques et de bipolarité. Elle présente néanmoins un risque élevé de malformations congénitales sur le fœtus si elle est prise par une femme enceinte. Ainsi qu’un risque accru d’autisme et de retards intellectuels et/ou de la marche, pouvant atteindre jusqu’à 40 % des enfants exposés.

La Dépakine et ses dérivés ont provoqué depuis 1967 des malformations congénitales graves chez 2 150 à 4 100 enfants.

L’Apesac a lancé une procédure en 2016

« Tout le monde connaissait la toxicité de la Dépakine chez la femme enceinte », déplore la présidente de l’Apesac, qui a lancé une procédure en 2016.

A l’époque, l’enquête visait à établir s’il y avait eu « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit et les précautions à prendre ayant eu pour conséquence de rendre son utilisation dangereuse pour la santé de l’être humain » et couvrait la période allant de 1990 à avril 2015 », explique le journal le Monde dans ses colonnes.

Déjà, dans un rapport de février 2015, l’inspection générale des affaires sociales (Igas) avait estimé que Sanofi mais également l’Agence du médicament (Ansm) avaient fait preuve d’une « faible réactivité » et n’avaient pas suffisamment informé sur les risques connus pour les patientes enceintes.

Mais le dossier judiciaire avançait lentement. Sanofi assurait avoir toujours respecté ses obligations d’information et avoir fait preuve de transparence. Ce rebondissement devrait permettre aux victimes de faire entendre leur voix.