Le 26e rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre analyse les conséquences sur le mal-logement de la crise sanitaire, économique et sociale liée à la pandémie de Covid. Cette situation inédite est intervenue dans un contexte de crise du logement déjà grave démontrée lors des rapports précédents. Les épisodes de confinement et de couvre-feu ont reflété les inégalités de logement et remis au centre l’importance cruciale de disposer d’un chez-soi décent.

Pour les victimes du mal-logement, auxquelles cette enquête donne la parole, avoir été confinés à domicile dans des quartiers dégradés, en habitat indigne ou surpeuplé, a non seulement représenté une souffrance, pour soi et pour ses enfants, mais aussi entraîné un risque de contamination accru. Pour les plus de 300 000 personnes sans-domicile, à la rue ou dans des hébergements d’urgence plus que jamais inadaptés, la crise a suscité un bouleversement dans un système d’aide déjà fragile et sous tension, malgré la mobilisation d’acteurs publics et associatifs.

Alors que l’on aurait pu croire que cet épisode se limite à une parenthèse douloureuse, cette crise apparait de plus en plus comme porteuse de conséquences durables, une véritable « bombe à retardement », estime Denis Robert, président de la Fondation. Chute de la production de logements, notamment sociaux, blocage des attributions de Hlm, montée des impayés, accroissement de la précarité et du chômage, destructions d’emplois à venir et endettement généralisé : l’étendue des dommages à moyen terme reste encore à déterminer, mais on sait d’ores et déjà que les répercussions sociales de cette crise seront importantes.

Selon un sondage Ipsos commandé par la Fondation, la situation financière de 32 % des Français s’est dégradée depuis le début de la crise sanitaire. Cette détérioration affecte d’abord les jeunes (43 % des 18-24 ans) et les plus démunis (55 % des allocataires des Apl. Autre tendance inquiétante : le recours accru à l’aide alimentaire, là encore en forte hausse chez les jeunes.

La crise sanitaire et la crise sociale qui en découle auront, dans les mois et les années à venir, des effets dont on ne connaît pas encore l’ampleur, s’inquiète la Fondation. Si le nombre d’impayés de loyers reste contenu, il faut craindre un effet retard. Elle estime que le gouvernement doit agir sans attendre. Certes, à la suite de la présentation du rapport de la Fondation Abbé-Pierre, la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, a indiqué que la trêve hivernale des expulsions locatives serait prolongée de deux mois et prendrait fin au 1er juin au lieu du 1er avril. Mais si « les politiques publiques ont été réactives pour limiter la casse sociale, elles se contentent trop souvent de mesures conjoncturelles et insuffisantes », déplore l’association.