Elles ont manipulé pendant des années des produits de chimiothérapie considérés comme dangereux, et ce, sans protection. Des soignantes rennaises se battent aujourd’hui pour faire reconnaître en maladie professionnelle leur exposition à ces substances. Le magazine Santé & travail, qui a mené l’enquête avec Basta!, parle d’un véritable scandale sanitaire.

Le magazine Santé & travail met au jour, dans sa dernière enquête, le combat de soignantes exposées dans protection à des substances dangereuses lors de l’administration de chimiothérapies, dans un centre de cancérologie rennais. Plusieurs d’entre elles ont entrepris une démarche de reconnaissance en maladie professionnelle. Mais le chemin risque d’être très long pour obtenir réparation.

Les soignantes ont été face à Un manque criant de protection.

Substances dangereuses

Dans les années 1970, des soignantes ont été exposées à des produits de chimiothérapie potentiellement dangereux, sans protection. C’est le cas de Marie-Pierre, ancienne infirmière au centre Eugène-Marquis, établissement de santé spécialisé en cancérologie à Rennes, décédée en novembre dernier. « Je suis entrée dans ce centre en 1970, j’avais vingt et un ans, a-t-elle raconté au magazine, avant son décès. J’ai été exposée à des produits radioactifs et j’ai manipulé des médicaments de chimiothérapie sans aucune protection. On ne savait pas, alors, que c’était dangereux. » Aujourd’hui, on a la preuve que les médicaments cytostatiques, utilisés dans les chimiothérapies, sont eux-mêmes considérés comme des substances cancérogènes, d’après l’Anses.

les chimiothérapies pour traiter le cancer contiennent des substances cancérogènes.

« Habillées de manches courtes, elles avaient les mains et les avant-bras très exposés. Leurs voies respiratoires n’étaient pas protégées non plus, car les lieux de préparation n’étaient pas équipés de hotte – cet équipement ne sera installé qu’en 1992 au centre Eugène-Marquis », peut-on lire dans l’enquête. Le port des gants, masques, blouses et lunettes sera introduit peu à peu au fil des années, mais mettra beaucoup de temps à être systématisé.

On savait

« Nous avons trente ans de littérature scientifique, et de plus en plus de preuves que les médicaments cytostatiques présentent une grande dangerosité pour la santé des travailleurs et travailleuses qui les manipulent sans précaution », résume dans l’enquête Tony Musu, docteur en chimie et chercheur au sein de l’Institut syndical européen (Etui).

« L’ignorance des risques encourus dans laquelle étaient maintenues ces soignantes interroge. »

Santé & travail

Plusieurs sont reconnus cancérogènes ou probablement cancérogènes pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer, comme le cyclophosphamide utilisé dans le traitement de nombreux cancers (sein, ovaires, leucémie, poumon, etc.). Ces produits représentent un danger pour l’ensemble du personnel de l’hôpital, puisque l’on retrouve des traces de ces substances jusque sur les ordinateurs.

Les syndicats européens se battent actuellement pour l’inclusion de ces produits dans la directive européenne consacrée aux produits cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (Cmr), afin de faciliter la reconnaissance des maladies professionnelles, harmoniser et renforcer la prévention.