PHILIPPE DE BOTTON, PRÉSIDENT DE MÉDECINS DU MONDE

Médecin endocrinologue et diabétologue, Philippe de Botton s’engage dès 1989 au sein de Médecins du monde France. Il est élu président de l’association au mois de juin.

ENTRETIEN ANNE-MARIE THOMAZEAU   PORTRAIT ZIR

Le prix du médicament est un combat prioritaire de Médecins du Monde…

Philippe de Botton – Oui, en effet. C’est une question très technique, mais qui intéresse l’ensemble de la population. Il arrive chaque année sur le marché de médicaments innovants dont le prix est fixé par les laboratoires. Depuis quelques années, ces derniers imposent des prix qui ne tiennent pas compte du coût réel de la fabrication des produits, mais plutôt de ce que peuvent payer les pays. C’est le cas pour des médicaments contre le cancer ou l’hépatite C. Pour cette dernière, le sofosbuvir est la molécule de base qui permet la guérison en douze semaines. En Europe, où le laboratoire Gilead dispose d’une exclusivité autorisée par le brevet, la société a introduit le médicament à des prix allant jusqu’à 40 000 € pour l’ensemble du traitement. Aux Etats-Unis, Gilead avait initialement fixé le prix à 84 000 dollars, soit le prix sidérant de 1 000 dollars la pilule ! Ces montants exorbitants pèsent sur nos systèmes de protection sociale et menacent à terme de les faire exploser. Resteront ensuite les assurances privées pour ceux qui pourront payer.

Comment est-il possible que les gouvernements européens, en particulier le nôtre, laissent faire ?

P. B. – En France, le lobby pharmaceutique est très puissant. Les laboratoires font du chantage à l’emploi. Il serait possible, quand le prix est trop exagéré, d’activer la licence d’office dans l’intérêt de la santé publique, prévue par la loi. Dans des pays comme l’Inde ou la Chine, où les barrières des brevets n’existent pas, les médicaments génériques ont permis de réduire le coût de ce médicament à moins de 100 dollars pour le traitement de douze semaines. En France, comme dans 17 autres pays européens, nous nous battons pour obtenir une opposition aux brevets.

“Le tiers payant généralisé est aujourd’hui totalement passé à l’as.”

Que pensez-vous du plan pauvreté annoncé en septembre dernier ?

P. B. – Il y a des choses qui vont dans le bon sens, en particulier la fusion entre la Cmu-c et l’Acs [aide à la complémentaire santé] qui va simplifier l’accès aux soins. Nous regrettons toutefois que l’aide médicale d’Etat, qui s’adresse aux sans-papiers, n’ait pas été intégrée à ce dispositif. L’idée est toujours bien présente chez certains politiques de la supprimer, ce qui serait une catastrophe pour la santé publique. Je m’interroge quand même sur ce plan pauvreté qui parle de 8 milliards d’euros sur quatre ans quand, dans le même temps, on diminue l’aide aux associations et l’Apl. Par ailleurs, je m’interroge aussi sur la question du tiers payant généralisé, programmé sous le quinquennat de François Hollande, et qui est passé à l’as.

Quels sont vos autres chantiers pour 2019 ?

P. B. – Nous lançons une enquête sur les Pass [permanences d’accès aux soins] pour les personnes précaires. Il faut renforcer ces dispositifs et les faire sortir des hôpitaux afin qu’ils soient plus près des populations. Nous allons aussi travailler sur la question des mineurs isolés. Ils sont 15 000 en France.
Peu protégés, ils subissent des violences incroyables. Au-delà du plaidoyer, nous allons mettre en œuvre des solutions concrètes à Rouen, à Nantes et à Paris. Je vis à la frontière italienne, je vois comme on les refoule, en toute illégalité.