Comment notre pays a-t-il pu en venir à manquer de médicaments et de matériel médical essentiels ?


Depuis plusieurs années, les pénuries de médicaments (1 200 spécialités en 2019) se multiplient en France. Car, essentiellement fabriqués en Inde et en Chine, ces produits sont ensuite vendus aux plus offrants par des intermédiaires, comme l’a révélé au grand public la crise de la Covid-19. Cette marchandisation du secteur entraîne par ailleurs des situations dramatiques : addictions (benzodiazépines, opiacés), scandales sanitaires (Mediator, Dépakine), abandon de la recherche sur les maladies orphelines pas rentables, politique inflationniste des laboratoires sur le prix des médicaments contre l’hépatite C ou certains cancers… Outre la perte de chance que cela implique pour les malades, cela impacte financièrement la Sécurité sociale qui rembourse les soins tout en assurant des revenus énormes à des acteurs privés. Existent aussi les risques d’appropriation de la recherche par certains laboratoires ou Etats : les déclarations en mai dernier de Sanofi sur un éventuel vaccin anti-Covid qui aurait pu être livré en priorité aux Etats-Unis a fait prendre conscience des risques de ces guerres commerciales.

TROP D’ACTEURS PRIVÉS

Le matériel médical aussi est concerné. L’abandon de la production et la mauvaise gestion publique des stocks de masques, le manque de respirateurs a entraîné une crise majeure. Au fil des ans, la puissance publique a perdu la maîtrise de ce secteur. Des pans entiers de la politique de santé sont passés aux mains des laboratoires et entreprises privés. Dans le même temps, l’Etat continuait à financer la recherche et les remboursements de la Sécurité sociale avec nos impôts et cotisations sociales.

RETROUVER UNE INDÉPENDANCE SANITAIRE

Les professionnels de santé et les associations de patients demandent que soient rapidement prises des mesures de régulation. Des propositions de pôle public du médicament ont été à plusieurs reprises présentées à l’Assemblée nationale. Dernières en date, en juin dernier, celles de la France insoumise et du Groupe communiste, proposant chacune la création d’un établissement public assurant trois missions : contribuer à la recherche médicale et pharmaceutique, assurer une production publique de médicaments à un prix abordable, coordonner avec d’autres établissements publics (pharmacie centrale des armées et pharmacies des hôpitaux publics) la production et l’approvisionnement des médicaments concernés par des pénuries. Propositions retoquées par la majorité présidentielle.