Mesurer l’effet du viol ou des violences sexistes sur la santé des victimes, c’est le but d’une enquête de la Fondation Jean-Jaurès, publiée le vendredi 23 février.

« Un problème majeur de santé publique », c’est sous cet angle que la Fondation Jean-Jaurès a décidé de traiter les conséquences du viol et des violences sexuelles et/ou sexistes sur les victimes. Plus de 2 100 femmes, âgées de 18 ans et plus, ont été interrogées au cours de cette enquête, publiée le vendredi 23 février.

Des déclarations en hausse 

Plus d’une femme sur deux affirme avoir subi des comportements déplacés (58 %), des propositions dérangeantes (57 %), une femme sur deux, des insultes ou des remarques à caractère sexiste, et 43 % des caresses ou attouchements à caractère sexuel sans consentement. 12 % des femmes interrogées déclarent avoir subi un viol. Ce dernier chiffre, pour les auteurs de l’étude, « semble indiquer que le nombre de viols réels est supérieur à ce qui avait été estimé jusqu’ici ». Une enquête de l’Ined, en 2016, évaluait à 3,2 % la proportion de femmes ayant subi un viol ou une tentative de viol en France.

Une augmentation des chiffres due, selon les auteurs, au mode employé – un questionnaire anonyme en ligne, moins invasif qu’une enquête téléphonique – et au scandale Weinstein qui a mené à une libération de la parole sur les affaires d’agressions ou de harcèlement sexuel. De fait, les gendarmes ont observé une hausse de 30 % des plaintes pour violences sexuelles, un mois après les révélations de l’affaire.

« Un partage social et géographique des violences »

Mais la levée des tabous concernant les violences sexuelles ne se font pas au même rythme sur tout le territoire. L’étude évoque ainsi un partage « social et géographique des violences ». On se déclare victime plus facilement dans l’agglomération parisienne que dans les zones rurales : 72 % de comportements déplacés contre 51 % dans les zones rurales, 64 % de propositions dérangeantes contre 53 %, 48 % d’attouchements contre 37 % etc. « En revanche, relèvent les auteurs, l’exposition aux Sms ou mails à caractère pornographique, tout comme le viol, est relativement uniforme sur le plan territorial. »

Par ailleurs, il existerait une plus forte auto-censure dans les milieux modestes que dans les catégories socio-professionnelles favorisées. 69 % des femmes appartenant aux CSP+ déclarent avoir été exposées à des comportements déplacés, contre 51 % des CSP- ; 66 % à des propositions dérangeantes, contre 54 % ; 60 % des femmes CSP+ ont été exposées à des insultes ou remarques à caractère sexiste, contre 50 % des CSP-… La différence se réduit consiédérablement en ce qui concerne les viols : 15 % de femmes appartenant aux CSP+ déclarent avoir été violées, contre 11 % des CSP-.

Autre différence notable, celle de l’âge. Les jeunes femmes victimes de viol ou d’agression sexuelle, sont plus enclines à en parler à leur entourage (52 % des victimes de moins de 35 ans contre 39 % des 35-49 ans et 25 % des 50 ans et plus), à porter plainte (18 % ont déposé une main courante contre 9 % chez les plus de 50 ans) et à se faire hospitaliser. Le signe d’un changement progressif des mentalités.

Un trop faible suivi médical

70 % des femmes victimes de violences sexuelles n’ont pas été suivies médicalement, ce qui « confirme l’idée que la grande majorité des victimes ne souhaitent pas ou ne parviennent pas à en parler autour d’elles ou à des professionnels de santé », estime la Fondation Jean-Jaurès. Seules 18 % l’ont été par un psychologue, 12 % par un psychiatre et 8 % par un médecin généraliste.

« Ce faible recours au médecin généraliste, qui est pourtant habituellement l’interlocuteur privilégié en matière de santé pour nos concitoyens, renseigne bien sur le statut très particulier des violences sexuelles », souligne-t-elle encore, évoquant, par conséquence, une « infime minorité de victimes qui a fait l’objet d’une hospitalisation ». Les chiffres sont, une fois de plus, plus élevés chez les jeunes victimes que chez les autres : 12 % ont été hospitalisées dans un établissement de médecine ou de chirurgie générale, contre 1 % seulement parmi les plus de 50 ans.

Ces violences laissent pourtant des séquelles chez les victimes même vingt ans après les faits, en particulier celles qui ont subi viol ou attouchements. Leur vie sexuelle et sentimentale s’en voit affectée : 62 % des femmes ayant été agressées il y a plus de vingt ans indiquent que cela a encore des effets importants sur leurs relations avec des hommes, un taux qui monte à 76 % chez celles victimes de viol dans leur enfance.

Un mal-être qui peut se traduire par des tentatives de suicide, quatre fois plus fréquentes chez les victimes de viol que dans le reste de la population féminine. Elles sont 21 % à avoir tenté de se suicider, contre 5 % pour le reste des femmes françaises et 10 % à avoir tenté de se suicider plusieurs fois, contre 1 % chez les autres. « Le facteur multiplicateur est ici de 1 à 10, soulignent les auteurs, ce qui témoigne des dégâts psychologiques très lourds que causent les viols sur les femmes qui en sont les victimes. »

Autre donnée marquante, seules 10 % des femmes concernées par des violences sexuelles ont eu recours à des associations, ce qui interroge sur leur visibilité malgré les campagnes d’information.