La Cour ces comptes alerte sur l’importance des maladies nosocomiales en France. Elle constate que la politique de prévention des infections associées aux soins mise en place il y a une trentaine d’années dans les établissements de santé atteint aujourd’hui un palier. 


La prévalence des patients hospitalisés pour maladie nosocomiale ne diminue plus depuis 2006 et reste de l’ordre de 5% (1 patient hospitalisé sur 20). Cela représente environ 470 000 infections par an, dont certaines conséquences peuvent être lourdes en particulier chez les patients les plus fragiles. Or les antibiotiques semblent peu efficaces pour soigner les infections. Cette menace sanitaire résulte d’une consommation d’antibiotiques excessive, essentiellement en ville, qui situe la France parmi les trois pays les plus consommateurs en Europe. 

Pour la Cour des comptes, de nouveaux enjeux doivent désormais être pris en compte. Alors que la prévention de ces infections était restée centrée sur les établissements hospitaliers, le programme national de prévention de 2015 avait pour objectif de prendre en compte l’ensemble du parcours de soins, qu’il s’agisse des établissements de santé, des établissements médico-sociaux ou des soins de ville. En outre, l’accent était mis sur la lutte contre l’antibiorésistance (résistance aux antibiotiques). Or, pour la Cour des comptes, ce programme n’a pas été réalisé. Dans les hôpitaux, des progrès sont encore possibles. Les équipes opérationnelles d’hygiène pourraient être mieux dimensionnées, en fonction de l’activité, et mutualisées dans le cadre des groupements hospitaliers de territoire. Quant au signalement des infections auprès des autorités publiques, encore incomplet (seuls 700 établissements sur 2700 font un signalement dans l’année), un suivi plus rigoureux et exhaustif des établissements non déclarants devrait être mis en place. 

En ville, aucune enquête de prévalence de ce risque infectieux n’a encore été réalisée. Dans le secteur médico-social, l’amélioration de la gestion du risque infectieux reste embryonnaire. 

Dans le cadre de la réforme des vigilances sanitaires, la création d’un centre de prévention des infections associées aux soins dans chaque région en 2017 devait permettre une meilleure articulation avec les agences régionales de santé et les autres dimensions de la sécurité du patient. Leur mise en place n’a toutefois pas encore abouti, déplore la Cour des comptes. Leur pilotage national par Santé Publique France pourrait être clarifié et renforcé. 

Responsabiliser les acteurs du système de santé 

Les acteurs en santé doivent davantage se mobiliser sur le respect des règles d’hygiène : celles-ci sont peu enseignées (maximum 8h de formation pour un étudiant en médecine durant les cinq premières années) et trop souvent négligées. Le taux de vaccination des professionnels de santé reste aussi trop faible. 

Les prescriptions des antibiotiques en ville ne sont pas toujours justifiées. Même quand elles le sont, le choix de la molécule et surtout celui de la durée ne le sont pas nécessairement. Le mode de prescription « à la boîte » amplifie ce mésusage massif. Les pratiques professionnelles des médecins de ville doivent évoluer : les connaissances doivent être remises obligatoirement à niveau, l’usage des tests rapides de diagnostic plus systématique, l’emploi de logiciels d’aide à la prescription généralisé. Enfin, une campagne de sensibilisation à destination des populations doit être réalisée. Pour la Cour des comptes, les indicateurs de qualité relatifs aux infections associées aux soins sont insuffisamment utilisés par les agences régionales de santé, qui devraient cibler les inspections sur les établissements ayant des résultats très mauvais de façon récurrente et, le cas échéant, suspendre leur autorisation d’activité. Des mécanismes plus responsabilisants pourraient être mis en place dans l’indemnisation des infections associées aux soins.