C’est le portrait d’une jeunesse sous pression, fortement percutée dans sa vie quotidienne par la Covid-19, extrêmement lucide sur les difficultés, mais en même temps prête à rebondir, que décrit l’étude Elabe pour le Cercle des économistes présentée le 10 décembre.

Bien sûr, ils ressentent des inquiétudes (29 %) (plus fortes chez les femmes, en Ile-de-France et chez les diplômés du supérieur) et de la lassitude (23 %), deux sentiments qui sont devenus les compagnons au quotidien des 18-24 ans. Ce sont les deux premiers mots cités pour décrire leur ressenti. Mais le pessimisme (10 %) et la colère (8 %) arrivent loin derrière l’optimisme (21 %), le bonheur (20 %), la combativité (19 %). Les jeunes décrivent les périodes de confinement comme des épreuves. Pour près de 6 sur 10, il s’agit d’une période de grande angoisse et un moment d’isolement. Pour les trois quarts, ce moment a renforcé les fractures dans notre pays. Ils sont partagés quand il s’agit d’arbitrer entre un moment où ils ont gardé le contrôle de leur vie (49 %, 55 % chez les actifs) et un moment où ils ont eu le sentiment que leur vie leur échappait (48 %). Un peu plus d’un sur deux a eu le sentiment de perdre son temps, quand 44 % ont mis la période à profit pour s’ouvrir à d’autres choses qu’habituellement. 

1 jeune sur 3 a dû renoncer ou retarder des soins de santé pour raisons financières

Un quotidien sous pression 

Les difficultés financières restent évidemment très présentes à l’épreuve de la crise sanitaire. Plus de 4 jeunes sur 10 vivent dans un foyer contraint de se restreindre, de puiser dans ses réserves, ou de se voir prêter de l’argent pour boucler ses fins de mois. Cette pression se traduit concrètement dans la recherche régulière de prix bas, c’est le cas pour un tiers des 18-24 ans s’agissant des dépenses alimentaires, 4 sur 10 pour les autres dépenses de consommation courante (habillement, loisirs et vacances, équipement de la maison). Un quart rencontre des difficultés à payer ses factures, un tiers a renoncé ou retardé des soins de santé pour des raisons financières, chiffre plus élevé chez les femmes, qui atteint un jeune sur deux dans les foyers en difficulté financière. Mais c’est sur l’alimentaire que la privation est la plus forte : un jeune sur deux confie avoir réduit ses dépenses alimentaires ou dû sauter un repas au cours des six derniers mois (14 % souvent ; 34 % parfois), sombre constat encore plus marqué en zone rurale comme en Ile-de-France, chez les 22-23 ans et les moins diplômés. 

Face aux difficultés du quotidien, les parents sont présents : près de 6 parents sur 10 ont aidé financièrement leurs enfants dans les derniers mois, dont 17 % plus qu’habituellement. Mais la tension née de la crise ne les épargne pas non plus : un parent sur 10 déclare ne plus avoir les moyens de le faire aujourd’hui. 

Projets envolés

C’est bien cette dimension essentielle du passage à l’âge adulte qui a été impactée. 6 sur 10 ont dû modifier (dont 48 % retardé) leurs projets personnels, 4 sur 10 ont fait de même pour leur projets professionnels. Première indication du refus de baisser les bras, seul 1 jeune sur 10 (11 % pour les projets personnels, 7% sur les projets professionnels) déclare avoir renoncé purement et simplement à ses projets.
Les projets de voyage, devenus impossibles, ont aussi été abandonnés (seuls 5 % ont réussi, probablement pendant l’été), tout comme la vie sociale (11 % seulement ont réussi à faire des rencontres amoureuses ou amicales). D’ailleurs, plus de 8 sur 10 parmi ceux qui avaient prévu de se marier, se Pacser ou s’installer en couple ont dû y renoncer. Sur un plan professionnel, trois quarts des jeunes qui projetaient de chercher du travail, un contrat d’alternance ou un stage déclarent n’avoir pas réussi, et 8 sur 10 parmi ceux qui prévoyaient de terminer leurs études n’ont pu le faire. Double conséquence du report des projets personnels et professionnels, 8 jeunes sur 10, chez ceux qui comptaient prendre un appartement ou déménager, n’ont pu mener à bien ce projet 

Emploi et santé : les préoccupations centrales de la jeunesse 

L’emploi (48 %) et la santé (41 %) polarisent leurs préoccupations, se détachant nettement de tous les autres thèmes y compris des questions environnementales qui arrivent aujourd’hui en troisième position (24 %).
Cette dualité explique l’arbitrage sous tension entre crise sanitaire et crise économique. Si 53 % des jeunes estiment que le plus important est de limiter l’épidémie même si cela a un impact négatif sur l’emploi, 45 % considèrent à l’inverse que le plus important est de relancer l’économie. La priorité à l’économie est majoritaire chez les 23-24 ans sur le point d’entrer dans la vie active, et chez les moins diplômés. L’importance accordée à la santé chez les 18-24 ans, plus forte que chez les 25-34 ans comme on peut le constater depuis plusieurs mois dans les enquêtes sur la Covid, conduit à un résultat assez tranché sur la question des libertés : ils sont près des trois quarts à partager l’idée selon laquelle il faut parfois accepter de réduire nos libertés parce que la priorité est de se protéger contre la maladie. 

Optimistes malgré tout

Lucides sur l’exceptionnelle difficulté de la période, les 18-24 ans affirment que leur génération va connaître une période de chômage plus forte que les générations précédentes (84 %) et que, depuis la guerre, les jeunes de leur âge n’ont jamais vécu une situation aussi difficile (77 %). Mais ils sont cependant plus nombreux (75 %) à miser sur l’énergie de la jeunesse pour rebondir qu’à constater qu’ils font partie d’une génération sacrifiée (63 %). Dans le même esprit, une large majorité (65 % mais 61 % chez les jeunes actifs) estime que « c’est une période difficile mais que l’on va s’en sortir ». Même sentiment sur la temporalité de la crise : plus des deux tiers estiment que leur vie va reprendre un cours normal dans quelques mois, quand 3 sur 10 au contraire pensent que leur vie va beaucoup changer sur le long terme.