PHILIPPE PUJOL, JOURNALISTE

Philippe Pujol se penche sur notre système de santé. Dans un roman de politique-fiction,Marseille 2040, il imagine ce que celui-ci pourrait devenir. Glaçant.

On ne vous attendait pas dans un récit de politique-fiction concernant l’avenir de notre système de santé…

Philippe Pujol – En effet, c’est un peu le hasard qui m’a entraîné dans cette aventure.
Certes, j’ai une maîtrise de biologie et un master d’intelligence économique en santé et, lorsque j’étais journaliste à la Marseillaise, j’ai abordé BIO les questions de santé, mais ma spécialité, c’était plutôt le fait divers. L’agence régionale de santé (Ars) Paca, qui organise tous les deux ans les Agoras, « moments de démocratie sanitaire en Région Paca », m’a invité à un débat sur les addictions pour témoigner de la situation dans les cités des quartiers Nord.
J’y ai rencontré des responsables de l’Ars. Je les ai chambrés sur ce que j’imaginais
de cette institution, à savoir les lenteurs administratives, la lourdeur des procédures.
En bref, je leur ai dit que l’Ars, cela ne servait à rien! L’idée de faire une enquête dessus est née à ce moment-là. Les personnels m’ont ouvert leurs portes, donné un bureau et, tous les mardis, je suis allé y faire ma petite enquête.

Qui a donné naissance à un roman de politique-fiction…

P. P. – Au départ, je ne savais pas trop ce que j’allais faire, puis le roman s’est imposé. Au fil des rencontres avec les personnels de l’Ars, avec des médecins, j’ai commencé à mieux comprendre les dysfonctionnements de notre système de soins et leurs implications. En tant qu’accompagnant, j’avais aussi beaucoup côtoyé les hôpitaux marseillais.
Et vous savez ce que c’est : à l’hôpital, on n’y passe pas trente minutes, mais des heures. Quand on est journaliste, on observe ce qui se passe autour de soi. La réalité s’impose. Personnels dévoués mais en souffrance, épuisés par le manque de moyens. Des petits vieux qui viennent de l’autre bout de la Région en transport sanitaire pour une chimiothérapie qui n’aura pas lieu faute d’infirmières. La situation de l’hôpital aujourd’hui est un bon scénario pour une catastrophe annoncée.

“Je ne fais que pousser la logique des politiques libérales.”

Cette catastrophe sanitaire, c’est le point de départ de votre roman ?

P. P. – En effet. Je ne fais que pousser la logique des politiques libérales qui, depuis vingt ans, minent notre système de santé et qui, dans mon roman, vont le conduire dans le mur. Il faut toujours un déclencheur à une crise. J’ai interviewé une dizaine de spécialistes pour savoir d’où pourrait venir une catastrophe sanitaire. Malheureusement, je n’ai eu que l’embarras du choix. J’ai opté pour un scénario dans lequel, après un séisme, une société à la Orwell, l’auteur de 1984, se met en place. Les hommes renoncent à leur liberté pour privilégier la sécurité, en particulier sanitaire. Une transparence absolue est rendue possible par les progrès de la technologie, les assistants virtuels et les outils connectés permettent de tout savoir sur une personne, son état de santé et jusqu’à ses pensées… Potentiellement, c’est déjà le cas. Les hackers entrent comme ils veulent dans les systèmes d’informations. Et puis, regardez ça (il montre son téléphone), j’ai fait 5000 pas aujourd’hui. Demain, l’assurance-maladie ou des assurances pourraient décider de ne rembourser le traitement d’un diabétique que s’il fait au moins 6 000 pas par jour…

Certains tentent de se révolter ?

P. P. – Oui, les « déconnectés ». Ils refusent cette société, vivent en marge dans des réseaux fermés comme Facebook ou Tinder, ceux qu’ils utilisaient lorsqu’ils étaient jeunes.

A qui s’adresse votre livre ?

P. P. – Les professionnels de santé vont être intéressés, c’est certain, mais j’aimerai qu’il touche le grand public. La santé est en tête des préoccupations des Français.

Quelle a été la réaction des responsables del’Ars?

P. P. – Ils l’ont lu, je crois qu’ils sont très fiers et que cela les a fait rire. Ils sont conscients que des changements doivent intervenir, vite.