Vraie dislexie ou trouble du langage ?

Interview de Colette Ouzilou
Orthophoniste, auteure de Dyslexie, une vraie-fausse épidémie (éD. Presses de la Renaissance, 18 euros) et de J’apprends à lire et à écrire (éd. Belize, 12,50 e).
Pourquoi y a-t-il autant
d’enfants dyslexiques aujourd’hui ?

Seuls un ou deux enfants
sur mille sont dyslexiques, pas plus.
En revanche, les retards de langage sont plus persistants qu’autrefois.
Cela n’a rien à voir avec la vraie dyslexie, qui est un trouble
inné de la fonction symbolique
qui fait que l’enfant n’arrive pas
à faire le lien entre la lettre et le son.
On peut lui répéter dix fois
que B + O = BO, il ne l’assimile pas.
Le problème, c’est qu’aujourd’hui l’école étiquette « dyslexiques »
des élèves qui ne le sont pas,
et qui présentent plutôt
des troubles de la lecture.

A quoi sont liés ces troubles ?

Avec les méthodes semi-globales,
plus ou moins imposées
depuis les années 1960, on demande
à l’enfant d’apprendre par cœur
des mots dont il ne connaît pas
les lettres. Il ne prend donc
pas conscience du son qu’elles représentent et, le cas échéant,
ne peut pas corriger son articulation. C’est d’autant plus difficile
pour lui si ses parents ne peuvent
pas l’aider. De plus en plus d’élèves
de sixième ne savent pas lire,
surtout dans les milieux défavorisés. C’est dramatique.

Comment repérer une vraie dyslexie ?

L’essentiel est de faire très tôt
la différence entre l’enfant qui
a des problèmes parce qu’il n’a pas appris à reconnaître les lettres
et à les associer en syllabes
pour construire un mot et celui qui
ne parvient pas à apprendre
à cause d’une authentique dyslexie.
Dans les deux cas, à la mi-CP,
l’enfant qui peine à accrocher les mots
doit consulter. Correctement
pris en charge, il pourra rapidement corriger son handicap.