En 2010, vous réalisez un film “Pôle emploi, ne quittez pas” qui sort en DVD. Pouvez vous nous en parler ?

Dans ce film, il s’agissait de raconter la vie quotidienne au sein d’une agence pôle emploi. Lorsque j’ai réalisé ce film en 2010, les agents de pôle emploi étaient dans une situation difficile. Ils venaient de vivre la fusion Anpe-Assedic. J’avais choisi une grosse agence, celle de Livry Gargan, ville dans laquelle il existe une vraie mixité sociale, avec à la fois des habitants de cités mais également des classes moyennes.

Comment ont réagi les agents de pôle emploi ?

Ils étaient très intéressés par le projet mais inquiets. Certains me disaient : tu vas nous filmer en train de mal faire notre travail mais nous ne pouvons pas faire autrement. Ils ont joué le jeu. Certains sont très affectés par leur impuissance à ne pas trouver de solutions pour les gens. Voilà pouquoi ce film me semble aussi être un hommage aux travailleurs de pôle emploi qui luttent et tentent de sortir les personnes de leur vulnérabilité.

La direction de pôle emploi a donné son accord sans difficultés ?

Oui, cela n’a pas posé de problèmes. A la sortie du film, en revanche, les réactions ont été virulentes. Certains agents ont été inquiétés, menacés de sanctions. Il y a eu des arrêts maladie.

Il s’agit d’un film cinématographique et non d’un documentaire journalistique, pourquoi ?

Je ne fais pas de travail journalistique. Je ne travaille ni dans la rapidité, ni pour défendre un discours ou une thêse. Je m’inscrit dans une démarche de cinéma du réel. Je m’intègre dans un milieu avec le plus de respect possible. Les repérages ont duré un an. Puis je pose ma caméra. Un peu comme un anthropologue, je tente de rendre compte d’une réalité brute. Je ne cherche pas à montrer la misère du monde. Je vise la justesse du regard. Malheureusement cette forme de cinéma est peu soutenue.

Après le film, vous publiez un livre “Cher pôle emploi “; une compilation de courriers de chômeurs qui tentent d’éviter leur radiation. Pourquoi un tel choix ?

Lors du tournage, j’avais été saisie par ces courriers. Dans le film, j’ai d’ailleurs demandé à des agents pôle emploi d’en lire certains à voix haute. Il y a vingt ans, les chômeurs étaient victimes, aujourd’hui ils sont coupables, marginalisés, stigmatisés, potentiellement fraudeurs et doivent passer leur temps à se justifier. Un quart- d’heure de retard à un rendez-vous, un oubli, un empêchement… Et ils sont radiés. Les personnes sont écrasées, broyées par cette machine devenue folle.

Beaucoup d’erreurs parviennent aussi de pôle emploi ?

En effet. Certaines convocations à des entretiens n’arrivent jamais ou trop tard, d’autres sont envoyées par email, alors que les personnes n’ont plus accès à Internet. Avec la dématérialistion, il y a aujourd’hui beaucoup de ratés dont les conséquences sont payées par les chômeurs.

 

Le DVD :”Pôle emploi, ne quittez pas”

Dans un Pôle emploi du 93, quarante agents font face à quatre mille demandeurs d’emploi. Samia, Corinne, Thierry, Zuleika doivent soutenir et surveiller, faire du chiffre, obéir aux directives politiques et aux injonctions de communication, trouver du travail là où il n’y en a pas. C’est la vie d’une équipe qui a intégré l’impossible à son quotidien.

 

 

Le Livre : Cher Pôle emploi : Editions Textuel 11,90 euros

Les lettres de demandeurs d’emploi reproduites ici répondent pour la plupart à un avis de radiation émis par Pôle emploi, soit la menace de la suppression des indemnités chômage. La cause ? Souvent une absence ou un retard de plus de dix minutes à une convocation. Sentiment d’injustice, appel au secours, colère ou mauvaise foi, ces lettres ne sortent d’ordinaire jamais de l’institution et constituent un chœur de voix que l’on entend peu.

 

Le site : http://poleemploinequittezpas.com/