L’affaire Vincent Lambert, cet homme trétraplégique en état de conscience minimale dont le maintien en vie est au coeur d’un conflit familial, continue de faire couler beaucoup d’encre. Le Conseil d’Etat a décidé jeudi de soumettre son sort à l’appréciation d’une formation collégiale. Face au caractère exceptionnel de ce cas, la plus haute juridiction administrative française estime qu’un juge unique ne peut trancher et recourra donc à une formation solennelle de jugement, procédure rare pour « les affaires qui présentent une importance remarquable ». L’instance invoque, dans un communiqué, « l’ampleur et la difficulté des questions juridiques, déontologiques, scientifiques, éthiques et humaines qui se posent pour la première fois à l’occasion de l’examen de la situation de M. Vincent Lambert ».

La formation collégiale se réunira en audience publique « dans le courant de la semaine du 10 février ».

L’épouse de Vincent Lambert, l’un des neveux du patient et le CHU de Reims ont saisi le Conseil d’Etat afin de statuer en dernier recours sur le sort du trentenaire, qu’ils refusent de maintenir en vie à tout prix.

Mais, une partie de la famille du patient s’oppose farouchement à une euthanasie passive. Ces derniers avaient déjà obtenu en mai 2013 que l’alimentation et l’hydratation artificielles du jeune homme soient rétablies alors que le CHU avait décidé d’y mettre un terme. Les parties et leurs conseils ont été entendus jeudi par le juge des référés du Conseil d’Etat, à Paris.

La loi Leonetti de 2005 sur les droits des patients en fin de vie proscrit « l’obstination déraisonnable » et autorise dans certains cas l’euthanasie passive, c’est-à-dire l’interruption de l’alimentation et de l’hydratation artificielles ou l’administration d’opiacés ou de sédatifs à haute dose. Si le patient est dans l’incapacité d’exprimer ses volontés, la décision doit être prise par le médecin chargé du patient en concertation avec l’équipe de soins et la famille.

Ce conflit familial a mis en lumière l’extrême complexité d’une situation de « fin de vie » lorsque la personne concernée n’a pas rédigé de « directives anticipées ».