L’Unicef réclame la création d’un ministère de l’Enfance et de la Jeunesse

La situation des enfants et adolescents a beau être plus enviable en France que dans bien des pays, de nombreuses difficultés persistent. Deux millions d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, 600 000 sont mal logés, un jeune sur cinq sort chaque année du système scolaire sans diplôme, on compte 40 000 tentatives de suicide chez les adolescents chaque année… Partant de ce constat, l’Unicef a lancé un manifeste pour l’enfance (voir encadré) à l’attention des présidentiables. “14 millions de personnes sont oubliées par les candidats, elles n’ont pas le droit de vote donc elles ne sont pas courtisées, déplore Jacques Hintzy, président de l’Unicef France. On veut être sûrs que l’élection ne se fera pas sans eux.”

D’après un sondage réalisé par Tns Sofres pour l’Unicef, 89 % des adultes et 88 % des adolescents jugent la situation des enfants et adolescents préoccupante en France et 48 % des adultes assurent que la place faite aux enjeux de l’enfance et de l’adolescence orientera leur choix dans l’isoloir.

Afin de replacer la thématique au cœur de la politique, l’Unicef réclame, via son manifeste, la mise en place d’un ministère dédié à l’enfance et à la jeunesse, sujet actuellement “saucissonné entre six ministères[fn]Cohésion sociale, Education nationale, Santé, Justice, Intérieur et Sports.[/fn] et quatre niveaux territoriaux[fn]État, conseil régional, conseil général et municipalités[/fn]”, dénonce Jacques Hintzy.

L’Unicef milite pour une vision globale de l’enfant, dont les problèmes sont souvent liés les uns aux autres. “Un enfant handicapé a des problèmes de santé, mais peut-être aussi d’éducation, de précarité. Un enfant qui a des difficultés en classe, est-ce parce qu’il a des problèmes de déficience ? De précarité à la maison ? Un régime alimentaire pas correct ? A ne traiter qu’une de ces dimensions, on ne lui apporte pas le soutien nécessaire”, juge le président de l’Unicef France.

Moratoire législatif

Pour les associations engagées auprès des enfants, la création d’un ministère dédié – qui pourrait absorber celui de l’Education nationale et récupérer certaines prérogatives des autres ministères impliqués – permettrait également de faciliter les démarches et prises de décisions. “Aujourd’hui, quand on veut porter un sujet au gouvernement, on se fait balader de ministère en ministère. Ils se neutralisent les uns les autres car chacun a sa vision des choses”, regrette Fabienne Quiriau, directrice générale de la Convention nationale des associations de protection de l’enfant (Cnape), associée à la démarche de l’Unicef.

D’après le sondage de Tns Sofres, la création de ce ministère est jugée utile ou prioritaire pour 79 % des adultes et 89 % des adolescents.

L’agence de l’Onu demande également aux candidats à la présidentielle de s’engager sur un moratoire législatif en ce qui concerne la justice des mineurs, “qu’on arrête d’accumuler les lois, pour nous donner le temps de la réflexion et pour établir un plan de lutte contre la délinquance juvénile”, prône Jacques Hintzy. Plan dans lequel le volet préventif devra avoir une place conséquente.

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