Une nouvelle méthode pour détecter la virulence des cancers

Une nouvelle façon d’appréhender le cancer et de prédire la dangerosité des tumeurs vient d’être présentée par une équipe de scientifiques de Grenoble, regroupant des chercheurs du Cnrs, de l’Inserm et de l’université Joseph-Fourier.

Toutes les cellules de notre organisme possèdent les mêmes gènes. Cependant, leur spécialisation les conduit à en activer certains et à en réprimer d’autres. Or les mécanismes permettant à une cellule cancéreuse d’activer ou de mettre sous silence des gènes sont endommagés.

Les scientifiques de l’institut Albert-Bonniot de Grenoble, regroupant des chercheurs du Cnrs, de l’Inserm et de l’université Joseph-Fourier, viennent de montrer que, dans tous les cancers, on observe une sorte de « crise d’identité » des cellules cancéreuses : dans les organes ou tissus dans lesquels se développe une tumeur, des gènes spécifiques à d’autres tissus ou à d’autres étapes du développement de l’organisme s’expriment anormalement. Les chercheurs ont montré que, dans presque tous les cancers, plusieurs dizaines de gènes sont activés anormalement.

Pour leurs travaux, les scientifiques ont focalisé leurs efforts sur le cancer du poumon. Au Chu de Grenoble, ils ont étudié les tumeurs de près de 300 patients touchés par ce cancer. Résultats : parmi les gènes exprimés de manière aberrante dans les cancers du poumon, ils en ont découvert 26 dont l’activation est associée à des cancers particulièrement agressifs. Autrement dit, lorsque ces gènes sont exprimés, c’est que le cancer est extrêmement virulent.

Les chercheurs peuvent ainsi prévoir, au moment du diagnostic quels cancers sont à haut risque de provoquer une rechute de la maladie et de mener à une issue fatale, même dans les cas où la tumeur est traitée de façon adéquate à un stade précoce de son développement.

« Ces cancers à haut risque présentent des capacités de prolifération exacerbées et une facilité à se « cacher » des systèmes de défense de  l’organisme », expliquent les auteurs dont les travaux, conduits en collaboration avec des médecins du Chu de Grenoble, et avec le soutien de l’Institut national du cancer, de la Ligue nationale contre le cancer et de la Fondation Arc pour la recherche sur le cancer, ont été publiés dans la revue Science Translational Medicine.

D’un point de vue plus fondamental, il reste encore aux chercheurs à expliquer la relation entre l’expression anormale de ces gènes et la virulence du cancer. « Une approche similaire à celle réalisée dans le cancer du poumon peut être étendue à quasiment tout type de cancers, ce qui ouvre des perspectives très larges quant à l’exploitation de ces découvertes », expliquent les auteurs.