Une lumière bleue pour remettre notre horloge biologique à l'heure

Les salariés qui travaillent avec peu de lumière auront bientôt une solution. Pour la première fois, des chercheurs de l’Inserm viennent de montrer qu’une lumière artificielle particulière est capable d’assurer la bonne synchronisation de leurs rythmes biologiques malgré l’absence de lumière solaire.

Les résultats, publiés dans Plos-One, pourraient être transformés rapidement « en applications pratiques dans des environnements de travail de luminosité faible à modérée : stations scientifiques polaires, centrales thermiques et nucléaires, centres spatiaux, bureaux aveugles, etc. », affirme l’Inserm.

Il suffit, en effet, d’être insuffisamment exposé à la lumière pour que notre horloge biologique se détraque avec des conséquences sur les capacités cognitives, le sommeil, la vigilance, la mémoire, les fonctions cardiovasculaires et même la dépression.

Pour comprendre, il faut savoir qu’on appelle « horloge biologique » (ou « rythme circadien »), le système qui permet à notre organisme de réguler un certain nombre de fonctions vitales sur une période d’environ 24 heures. Située au cœur du cerveau, elle est composée de 20 000 neurones dont l’activité contrôle le cycle éveil-sommeil, la température corporelle, le rythme cardiaque, la délivrance d’hormones…

La lumière indispensable à notre horloge interne

Or, pour fonctionner correctement, notre horloge biologique se base donc sur des signaux qu’elle reçoit de l’extérieur et qu’elle interprète comme autant d’indicateurs pour se resynchroniser en permanence. C’est ainsi que l’ingestion de nourriture, l’exercice physique et la température extérieure par exemple sont qualifiés de « donneurs de temps ». Or, parmi ces derniers, le plus important est la lumière.

Pour étudier, dans des conditions réelles, l’influence de divers types de lumières artificielles sur la manière dont l’horloge biologique se comporte dans des situations où la lumière naturelle est insuffisante, les chercheurs ont choisi de suivre pendant neuf semaines d’hiver polaire (pas de lumière du soleil pendant la journée), les personnels de la station internationale Concordia.

Alternativement, ils ont été exposés à une lumière blanche standard ou à une lumière blanche enrichie en longueurs d’ondes bleue (lumière fluorescente particulière, mais perçue comme étant blanche par les yeux). L’objectif était qu’ils ne changent rien à leurs habitudes quotidiennes notamment leurs heures de coucher et de lever.

Un meilleur sommeil et plus de motivation

Une fois par semaine, les participants se sont soumis à des prélèvements de salive pour mesurer leurs taux de mélatonine, une hormone secrétée surtout quand il fait nuit.

Résultats : une augmentation du temps de sommeil, une meilleure réactivité et une plus grande motivation ont été observées chez les cobbayes sous l’influence de la lumière bleue. Par ailleurs, alors que le rythme circadien avait tendance à se décaler avec la lumière blanche, aucune perturbation de rythme n’a été observée avec la bleue. Ces effets n’ont pas disparu dans le temps.

Selon Claude Gronfier, principal auteur de ce travail, « ces résultats pourraient déboucher sur des applications pratiques rapidement ». Par exemple, dans des environnements de travail dans lesquels l’intensité lumineuse est insuffisante.

« Au-delà d’un contexte professionnel, nous envisageons plus largement cette stratégie comme une approche pratique du traitement des troubles des rythmes circadiens du sommeil et des fonctions non visuelles dans des conditions où l’éclairage n’est pas optimal », conclut le chercheur.