L’Association Henri Pézerat (du nom du toxicologue qui a aidé à porter le scandale de l’amiante sur la place publique) a créé une antenne à Brest, le 2 avril pour venir en aide aux ouvriers qui ont entretenu les têtes nucléaires entreposées à l’île de Longue, base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et qui ont été gravement irradiés dans la plus profonde indifférence.

Aujourd’hui, des dizaines de salariés (mécaniciens, pyrotechniciens, électriciens) sont atteints de maladies graves, parmi lesquelles des leucémies et des cancers. Plusieurs sont morts, ils avaient entre 45 et 60 ans. Ces ouvriers ont travaillé de 1972 à 1996 au montage de têtes nucléaires sans aucune protection. Pendant 25 ans, on leur faire croire qu’ils ne craignaient rien alors que les têtes crachaient de la radioactivité.

Il a fallu qu’en 1996, un salarié du commissariat à l’énergie atomique rende un film public sur les dangers de la radioactivité pour que les autorités nucléaires réagissent et que les premières mesures de sécurité soient prises.

« Nous accusons l’armée française d’avoir exposé les travailleurs de l’Ile Longue, en connaissance de cause, à de graves dangers », déclare l’association.

La faute inexcusable de l’employeur a déjà été reconnue par le ministère de la Défense pour quatre salariés, victimes de maladie professionnelle radio-induite.

L’association, qui va essayer de recenser toutes les victimes, demande l’ouverture d’une enquête indépendante sur les conditions de travail et d’exposition à la radioactivité et autres agents toxiques ainsi que la levée du secret défense. Elle défendra les ouvriers devant les tribunaux et soutiendra leurs familles.

 

Un scientifique militant

Henri Pézerat était convaincu que l’on “ne peut séparer production de connaissances et action militante pour la santé, la vie, la justice, la dignité de tous ceux mis en péril par un développement économique dénué de tout respect de la vie humaine”. Il a mis son activité au service des victimes en lutte contre les atteintes à la santé aussi bien dans le monde du travail que dans l’environnement.