L’ablation de la thyroïde est encore trop systématique en France et fait courir des risques injustifiés aux patients. C’est ce que rapporte l’Association UFC-Que choisir dans un dossier du numéro d’octobre du magazine « Que choisir Santé ». Selon la revue de consommateurs, « une opération sur cinq serait inutile ».

La mortalité liée aux cancers de la thyroïde est en baisse en France depuis 10 ans (375 décès l’an dernier contre 478 en 1999), mais le nombre de cancers, lui, a été multiplié par 3 depuis 1990 (8 211 en 2012 contre 2 531 en 1990).

« Cette recrudescence est liée à la détection, nouvelle, de petits, voire d’infimes nodules (moins de 1 cm, voire 2 mm), analyse l’association. Or, ces petits nodules, même cancéreux, bien souvent n’évoluent pas et ne devraient pas être retirés mais faire l’objet d’une surveillance ».

Dans un article paru le 27 août dans la revue British Medical Journal (BMJ), des experts américains mettaient déjà en garde contre le surtraitement de certains cancers de la thyroïde.  Selon les chercheurs, les micro-cancers dits de type papillaire, le plus fréquent (il représente environ 80 % des cancers de la thyroïde) dont le pronostic est particulièrement bon, avec une survie proche de 99 % à 20 ans, pourraient faire l’objet d’une surveillance rapprochée et non de traitements agressifs d’emblée.

Le traitement standard du cancer de la thyroïde est en effet l’ablation chirurgicale de la thyroïde, associée ou non à une cure d’iode radioactif. Or elle n’est pas si anodine : l’intervention en elle-même peut avoir des conséquences pour le patient et en cas d’ablation totale de la glande, un traitement hormonal de susbtitution doit être suivi à vie.

Des nodules pas toujours cancéreux

De plus, « on opère encore pour des nodules qui ne sont même pas cancéreux », déplore le magazine, citant « un rapport resté trop confidentiel de l’Assurance maladie », selon lequel « 21% des ablations sont pratiquées pour des nodules en fait bénins ». La trop fréquente « impasse sur les examens préalables » constitue l’explication principale de ce surtraitement : une personne opérée sur cinq n’a pas eu d’échographie et 7 sur 10 n’ont pas eu de cytoponction (prélèvement de cellules pour analyse). Or la combinaison de ces deux examens permettent d’estimer la nature du nodule qui « dans 65 % des cas, s’avère bénin ».

« On réalise en France 40 000 ablations de la thyroïde pour moins de 7000 cancers. Ce chiffre pourrait être revu à la baisse », explique le Pr. Martin Schlumberger, chef du service de médecine nucléaire à l’Institut Gustave Roussy, au magazine Viva. Pour éviter les interventions abusives, la Société française d’endocrinologie a même recommandé aux praticiens de ne pas réaliser de ponction pour un micronodule de moins de 1 centimètre mais de le surveiller par échographie. Si le nodule grossit, un prélèvement peut alors être envisagé pour écarter l’hypothèse d’une tumeur cancéreuse. Mais tous, a priori, ne jouent pas le jeu.

Le 3 octobre, l’UFC-Que Choisir en a appelé aux pouvoirs publics « pour urgemment reformuler des recommandations à destination des médecins et améliorer l’information des patients ».