« Sur et sous médicalisation, surdiagnostics, surtraitements », c’était le thème d’un colloque organisé les 3 et 4 mai 2013 par le groupe Princeps, le département de Médecine générale de la faculté de médecine de Bobigny, la Société de formation à la thérapeutique du généraliste.

Interview du Pr Didier Sicard, professeur de médecine et président d’honneur du Comité national consultatif d’éthique.

Y- a t-il beaucoup d’opérations, de traitements inutiles en France ?

C’est évident. Il y a en France un très grand nombre de procédures diagnostiques, d’interventions, d’explorations… inutiles. Tout le monde est d’accord, ce n’est pas un scoop. Malheureusement, personne n’a envie que ça change.

Pourriez-vous donner des exemples ?

Les coloscopies dès que les gens ont des flatulences, les arthroscopies dès que les gens ont mal au genou, les scanners dès que les gens ont mal à la tête, les échographies abdominales dès que les gens ont mal au ventre, etc. Le transfert sur des appareils au moindre symptôme est quelque chose d’extrêmement coûteux pour l’Assurance maladie et totalement inopérant.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Parce que les médecins ne prennent plus le temps d’examiner les malades, parce que les échographies donnent l’impression que l’on peut voir à l’intérieur. Et les médecins et la société exigent d’avoir des réponses immédiates au moindre symptôme sans passer par l’attente, avec le sentiment que toute minute perdue sans l’éclairage sur un problème est une catastrophe. On est entré dans une sorte de désordre très impressionnant de la médecine qui pense que dès qu’elle dégaine un examen, elle fait du bien alors qu’il y a un gâchis et quelque fois même des conséquences négatives impressionnantes. Une coloscopie, par exemple, n’est pas un examen anodin : elle génère souvent de l’angoisse chez les patients et il y a un risque de perforation…

Que faudrait-il faire pour améliorer le système ?

Il faudrait évaluer les pratiques et lorsque des études démontrent qu’une échographie dans telle indication n’a aucun intérêt, il faudrait ne pas la rembourser. Mais l’évaluation, en France, est le parent pauvre de la médecine. Ce n’est pas parce qu’un examen existe qu’il faut l’utiliser à tout bout de champ.

Les professionnels de santé sont-il prêts à cela ?

Non, ils seraient probablement hostiles car cette activité très technique est devenue le support économique. On imagine mal un cabinet de radiologie qui accepterait que l’on diminue de 70% les examens qu’il réalise, surtout dans un contexte où l’emploi devient précaire. Tout discernement sur l’utilité d’un examen a des conséquences dramatiques sur l’emploi, c’est une donnée économique mais ça n’a rien à voir avec la médecine.