Le jeudi 20 juin, lors d’une conférence de presse, se sont réunis des acteurs de la société civile. Ils dénoncent ensemble l’envolée inflationniste des médicaments dits « innovants » contre des pathologies graves et revendiquent une garantie d’accès à ces derniers.

Face à l’augmentation des prix des nouveaux médicaments contre des maladies telles que l’hépatite C, les cancers et d’autres maladies rares, plusieurs associations ont décidé  de s’unir pour faire avancer le débat public en France. Pour cela, Ufc Que Choisir, Aides, Frances Assos Santé, La Ligue nationale contre le cancer (Lncc), Médecins du monde, Médecins sans frontières (Msf), le journal Prescrire, et les Universités alliées pour les médicaments essentiels (Uaem), ont réalisé un Livre Blanc autour de deux préoccupations fondamentales : briser les représentations concernant les politiques liées aux médicaments et revendiquer un système de santé solidaire, transparent et démocratique. Cette démarche s’inscrit dans un agenda national dont les échéances sont proches. En effet, le 9 juillet prochain se déroulera le Conseil stratégique des industries de santé où se rencontreront les acteurs du gouvernement concernés et les firmes pharmaceutiques pour revoir des règles, notamment en matière de fixation de prix.

Un constat alarmant

La contribution commune des organismes engagés dans la lutte dresse un panorama inquiétant. Olivier Maguet, docteur chez Médecins du Monde, insiste sur des « mythes » autour du médicament en France qu’il est nécessaire de déconstruire. Il déclare qu’il y a « un sérieux problème de pognon sur les médicaments », à l’heure où le président Emmanuel Macron estime que nous gaspillons de l’argent dans les minimas sociaux. Le médecin nous explique que la part des dépenses en médicaments dans l’ensemble des dépenses de la Sécurité sociale en France se stabilise autour de 17 %. Mais cette donnée cache une autre réalité, celle de médicaments dits « innovants » de plus en plus chers alors que d’autres traitements antérieurs sont parfois en pénurie. Malgré les louanges des politiques de tout bord quant à l’efficacité de leurs mesures de contrôle du budget des médicaments, celles-ci ne sont en fait destinées qu’aux médicaments à usage courant. Selon M. Maguet, il n’y a donc pas de maîtrise budgétaire ou seulement une régulation par rationnement qui restreint l’accès aux progrès thérapeutiques.

Des prix injustifiés

La Lncc dénonce l’augmentation du prix des traitements anticancéreux qui représentent plusieurs dizaines de milliers d’euros par an et par personne. L’association souligne cela alors que de nouveaux traitements Car-T vont entrer sur le marché. Même porteurs d’espoir, ils sont donc une menace pour les finances du système de santé. Selon les laboratoires, ces prix démesurés s’expliqueraient par les coûts traditionnels tels que la production et l’argent investi dans la recherche et le développement mais aussi l’efficacité du médicament. Or, cette définition mène tout droit à une inflation des nouveaux médicaments puisqu’ils sont normalement plus performants que les anciens. Toutefois le rédacteur en chef du journal Prescrire, Pierre Chirac, précise que l’usage du terme même d’ « innovation » est trompeur, celui-ci ne désigne pas un progrès, mais une nouveauté sans garantie de meilleure efficacité. L’exemple des médicaments contre la maladie d’Alzheimer récemment déremboursés illustre une mise sur le marché précipitée qui s’avérait rentable pour les firmes pharmaceutiques.

Transparence des prix des médicaments

L’autre « légende » du monde du médicament est donc celle d’une fixation des prix efficace. La Cour des comptes dit elle-même que « des interventions des pouvoirs publics conduisent parfois à fixer ou à maintenir des prix anormalement élevés au titre notamment de considérations industrielles », alors que l’Etat exerce une politique de négociations avec les industries pharmaceutiques. Msf parle ainsi d’une ultra-financiarisation du domaine pharmaceutique, une cause des rationnements de médicaments qui ne sont plus assez rentables en particulier dans des pays qui ont peu de moyens.

Enfin, France Assos Santé pointe une question, celle de l’intérêt à agir de l’Etat et souhaite un renversement du rapport de force dans les négociations par une coopération européenne afin de pouvoir imposer les prix aux industriels.

Un système de santé solidaire garantissant l’accès au progrès thérapeutique à tous est un combat de grande envergure porté par des voix dévouées.

Anastasia Chauchard