Un plan de lutte contre les addictions centré sur les jeunes

« Rares sont les jeunes de 17 ans qui n’ont pas expérimenté un des trois principaux produits que sont l’alcool, le tabac et le cannabis », souligne Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). C’est pour cette raison que le nouveau Plan de lutte contre la drogue
 et les conduites addictives présenté par le gouvernement pour cinq ans (2013-2017) donne la priorité aux actions de prévention et de suivi auprès des jeunes, des femmes enceintes et des personnes isolées, tout en renforçant la lutte contre les trafics.

Pour rappel, en 2010, 3,8 millions de Français ont eu une consommation à risques d’alcool, 11,8 millions ont fumé du tabac quotidiennement, 1,2 million de personnes ont consommé régulièrement du cannabis (au moins dix fois par mois) et 400 000 ont pris de la cocaïne au moins une fois dans l’année.

Globalement, ce nouveau plan préparé par la Mildt repose sur trois priorités :

-fonder l’action publique sur l’observation, la recherche et l’évaluation : les conduites addictives résultent de l’interaction de multiples facteurs familiaux, économiques, sociaux et environnementaux. Il s’agit ainsi de mieux comprendre les motivations des consommateurs et de débanaliser l’usage d’alcool, de tabac et de cannabis, y compris dans le milieu professionnel. Cet effort doit aussi porter sur l’amélioration de la prise en charge des usagers avec de nouveaux traitements médicamenteux et de nouvelles stratégies thérapeutiques comme le Repérage précoce et intervention brève (Rpib), pour réduire les consommations excessives d’alcool, très fréquentes notamment chez les jeunes, ou » Quit the shit », programme allemand de sevrage cannabique en ligne, sur 50 jours. Il s’agit aussi d’évaluer l’efficacité des nouveaux traitements de la dépendance à l’alcool ou de mener des recherches sur la cigarette électronique.

-prendre en compte les populations les plus exposées pour réduire les risques et les dommages sanitaires et sociaux, en retardant, voire en empêchant, les consommations des jeunes. Il s’agit là de renforcer la qualité et l’efficacité des campagnes de prévention envers les jeunes, de développer le soutien aux parents par la mise en place d’un service grand public (par exemple une ligne téléphonique dédiée) mais aussi de développer sur les réseaux sociaux et « dans les langages qu’ils comprennent » des campagnes de communication « sans porter un discours hygiéniste ou moralisateur dont il est établi qu’il est contre-productif », est-il noté dans le plan.

Autres populations ciblées, les femmes enceintes, qui renoncent parfois aux soins de peur d’être stigmatisées à cause de leur consommation, les salariés et les personnes très éloignées des dispositifs d’aide, pour qui doit se développer encore davantage un travail de proximité.

-Renforcer la sécurité, la tranquillité et la santé publiques, au niveau national et international, en luttant contre les trafics et contre toutes les formes de délinquance liées aux consommations de substances psycho-actives. En matière pénale, conformément à la position affichée par le gouvernement, « on ne va ni revenir sur la loi de 1970, ni sur la dépénalisation du cannabis. Les gens ne le comprendraient pas, alors qu’on sait que les effets du cannabis sur le cerveau, notamment des jeunes, sont très destructeurs », rappelle Danièle Jourdain-Menninger. Mais elle insiste sur « une politique pénale adaptée, ni complaisante, ni laxiste », avec une « articulation santé-justice », qui peut passer par les Cjc (consultations jeunes consommateurs) ou des stages de sensibilisation, lesquels sont jusqu’à présents « très inégaux » sur le territoire et doivent être remis à plat.

Pour contrer les trafiquants, qui « explorent de nouvelles routes et de nouveaux vecteurs d’acheminement des produits » (par voie maritime ou par Internet, par exemple), la Mildt propose d’expérimenter des amendes douanières pour les acheteurs de drogue, d’intensifier la surveillance sur Internet, de financer du matériel de pointe pour détecter les nouvelles drogues de synthèse, et de renforcer la coopération européenne.

Face au développement des « cannabiculteurs », le plan prévoit de « couper court aux idées reçues sur les vertus bio du cannabis issu de ces cultures », de mieux informer le grand public sur l’existence « d’usines à cannabis » et d’intensifier la surveillance des canaux d’accès à la production locale (achat de graines, etc.).

Des associations déçues

Après l’annonce de ce plan, l’Association française de lutte contre le sida Aides marque sa déception en notant cependant quelques avancées,  «comme la reconnaissance du matériel pour le sniff et l’inhalation des drogues comme outil de réduction des risques, ou le focus sur les femmes usagères ». « Malheureusement, les mesures tant attendues sur l’accès aux seringues en milieu carcéral ou la diversification de la palette des traitements de substitution attendront visiblement encore un moment… Et c’est d’autant plus dommage qu’une grande partie des usagers de drogues massivement touchés par l’hépatite C ne peuvent pas attendre », souligne l’association dans un communiqué.

« Là où le plan est décevant, explique le Réseau français de réduction des risques, c’est sur les expérimentations de dispositifs innovants, même si l’outil salle de consommation est réaffirmé, et doit être même étendu dans une ou deux villes d’ici à 2017. » « La réduction des risques et les programmes d’échange de seringues en prison, pourtant promis par Marisol Touraine il y a moins de trois mois, ne sont pas retenus. La population carcérale fait pourtant partie des populations à risques auxquelles le plan veut s’attaquer… », fait entre autres remarquer le Réseau.

 

A LIRE AUSSI :