Attendu depuis le mois de février dernier, l’Observatoire national des suicides, annoncé par Madame la Ministre Marisol Touraine, a été lancé au Ministère de la santé le mardi 10 septembre. Il sera rattaché à la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (DREES).

Chaque année, près de 11 000 suicides – 30 par jour – et 220 000 tentatives sont recensés en France. Certes, le nombre de décès dus au suicide a diminué de 20 % en 25 ans sur la population générale et de 50 % chez les 15-24 ans, il n’en reste pas moins qu’avec un taux de 14,7 pour 100 000 habitants en 2010, le suicide en France reste élevé au regard de la moyenne européenne, qui est de 10,2 pour 100 000 habitants.

Certaines tranches d’âges sont même confrontées à une hausse du taux de suicide : c’est le cas des 45-54 ans. Les personnes âgées sont aussi particulièrement touchées : un tiers de celles et ceux qui se suicident a plus de 60 ans. La radicalité de leur geste est souvent le fruit d’une extrême solitude.

“S’il n’est pas une fatalité, si les pouvoirs publics ont les moyens de le combattre, c’est parce que le suicide n’est pas seulement la conséquence d’un choix individuel : il est d’abord un fait social. Et existe-t-il un signe plus fort que les inégalités face au suicide pour attester de cette réalité ? Ces inégalités, le rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental les a de nouveau montrées” déclare la Ministre de la Santé Marisol Touraine.

D’abord, les comportements entre les hommes et les femmes diffèrent : les premiers sont trois fois plus nombreux à se donner la mort, lorsque les secondes effectuent deux fois plus de tentatives.
Dans le même temps, les disparités sociales sont choquantes : les ouvriers sont trois fois plus touchés que les cadres. Celles et ceux qui sont frappés par l’isolement, par la précarité, par le chômage, par le mal-être au travail ou par des ruptures de vie en sont les premières victimes.
Par ailleurs, les minorités sexuelles sont surexposées, et en particulier les plus jeunes, qui doivent souvent affronter des discriminations importantes au moment de l’adolescence. “L’homophobie tue, n’ayons pas peur des mots”, insiste Marisol Touraine.

Le lieu de vie, enfin, semble déterminant. On observe en effet des disparités flagrantes entre les régions : les taux les plus élevés concernent la Bretagne et la Basse-Normandie. La France est enfin bien plus touchée que ses voisins européens.

L’Observatoire national du suicide réunit les représentants des sept ministères concernés*, des acteurs institutionnels (opérateurs de l’Etat et caisses d’assurance maladie), des parlementaires, ainsi que des chercheurs, des professionnels de santé de diverses disciplines, des personnalités qualifiées et des représentants d’associations.

L’Observatoire national du suicide a pour mission d’améliorer la connaissance des mécanismes conduisant aux suicides et de mieux coordonner et exploiter les différentes données existantes. Il devra également évaluer les politiques publiques de lutte contre le suicide, et produire des recommandations, particulièrement dans le champ de la prévention.

L’Observatoire se réunira deux fois par an. En parallèle, des groupes thématiques travailleront plus spécifiquement dans les domaines de la recherche et de la prévention.

L’Observatoire national du suicide établira un rapport annuel, qui s’attachera à établir chaque année un focus thématique.

*  Les sept ministères concernés sont : le ministère de l’Education nationale, le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social et le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.