« Le syndicat, la mutuelle, deux organisations ouvrières en faveur du progrès social » : c’est sur cette définition que s’accordent Eric Ferrères et Bruno Forest. Pour ce dernier, cela signifie « le bien-être dans l’entreprise, qui dépend des conditions de travail, du fait de se sentir reconnu et respecté, ce qui participe du besoin de vivre en sécurité sociale ».

Or, souligne Eric Ferrères, « les directives européennes et gouvernementales, la politique de la Sncf, tendent à abaisser les conditions de vie et de travail des cheminots. On a des combats communs à mener, mais il y a déjà des batailles que l’on mène ensemble ».

Exemple : la lutte contre la réforme des retraites, « avec le positionnement clair, rapide, de l’Umcpg, qui a dénoncé les effets néfastes de la réforme sur la santé et contribué à mobiliser les cheminots mutualistes ».

Convergences de vues

La loi de financement de la Sécurité sociale 2011 amplifie les menaces sur la protection sociale. Lors de son assemblée générale du 7 octobre, rappelle Bruno Forest, l’Umcpg a voté une motion faisant le lien entre la réforme des retraites, les déremboursements prévus et la taxe de 3,5 % sur les contrats responsables, que la Cgt a également dénoncés.

Eric Ferrères s’interroge : « Ces convergences ne pourraient-elles pas nous aider à construire une plate-forme commune ou à mettre en avant ce qui nous rassemble ? Les enjeux de la protection sociale méritent une mobilisation de tous les acteurs. » Cela contribuerait à éclairer les enjeux.

D’autant que l’agenda est chargé : grignotage de la Sécurité sociale, transferts de charges sur les mutuelles et les ménages, réforme de la dépendance. A ces menaces s’ajoute le fait que, comme cela a été révélé aux journées de la Mutualité française à Biarritz, les Français font de moins en moins la différence entre mutuelles et assurances.

Autre intérêt commun à la mutuelle et au syndicat : « Nombre de jeunes cheminots, souligne Eric Ferrères, ne sont en lien ni avec le syndicat ni avec la mutuelle. On a besoin de les convaincre de s’engager dans les syndicats et d’adhérer aux mutuelles. »

La santé mise à mal

Pour Eric Ferrères, qui est administrateur de la Caisse de prévoyance et de retraite (Cpr), « il y a une nette dégradation de la santé physique et mentale des cheminots ». Stress, perte de sens du travail, souffrance, tel est le constat établi par le colloque « Mieux vivre au travail », organisé en 2009 à Bordeaux par l’Umcpg. Mutualistes, syndicalistes, membres de la direction de la Sncf, experts ont débattu ensemble. Avec un intérêt commun : la Sncf ne doit pas devenir France Télécom.

Néanmoins, enchaîne Bruno Forest, « le régime spécial des cheminots est plus protecteur que le régime général ». Il permet ainsi de vérifier, ajoute Eric Ferrères, que, « contrairement aux discours du gouvernement, plus de prévention, plus de protection abaissent le niveau des dépenses de santé ». Pour Bruno Forest, « les syndicats devraient pousser la Cpr à travailler avec les mutuelles de cheminots afin de démontrer la pertinence de notre régime et de l’améliorer ».

Il y a débat sur la place de la mutuelle : « La Cgt considère que la Cpr-Sncf doit se gérer de manière paritaire, sans intervention directe des complémentaires santé. Mais il faut trouver des formes de rencontre entre la Cpr-Sncf et les mutuelles. »

Faire barrage aux assurances

Bruno Forest précise que « l’Umcpg ne revendique pas de place dans les conseils d’administration de la Cpr. Par contre, comment travaille-t-on ensemble ? Aujourd’hui, les mutuelles de cheminots couvrent plus de 60 % des affiliés de la Cpr. D’où l’intérêt de mener des actions ensemble sur la gestion du risque et la prévention. Par ce biais, la mutualité cheminote démontre que son action ne se limite pas à la simple complémentaire santé et que nous ne sommes pas une énième compagnie d’assurances ».

Pour la fédération Cgt des cheminots, les « mutuelles sont légitimes » et « la gestion mutualiste est incomparablement supérieure » à celle des assurances. Elle reconnaît « la situation complexe que rencontrent les mutuelles de cheminots », qui pousse par exemple à l’adoption des tarifications à options : « le principe mutualiste est mis à mal ».

Bruno Forest interroge : « Comment maintenir la solidarité au sein de la population cheminote, où nous avons beaucoup de retraités, où les jeunes ont aussi des problèmes de pouvoir d’achat ? »

Pour approfondir ces sujets, l’Umcpg réfléchit à l’organisation d’un colloque ou d’un débat. « Et la Cgt en sera », s’engage Eric Ferrères.