Une joie de vivre, une philosophie de la vie qui transparaissent dans ses yeux pétillants : Pierre Rinalduzzi est de ceux avec lesquels on aime discuter. Cette spontanéité de l’échange lui vient sans doute autant de son éducation catholique que de sa vie militante. Elle se double d’un bon franc-parler et fait de cet homme de soixante-dix ans une personne reconnue et respectée dans tout le bassin roussillonnais.

Les dix années passées à la tête du Caper Nord-Isère* (Comité action, prévenir et réparer) ont été fructueuses : « Plus de 300 personnes accompagnées, pour lesquelles nous avons monté des dossiers : 243 pour l’amiante et 67 pour le Mediator. » Des millions d’euros, au fil des procédures gagnées, pour les victimes de l’amiante. Celles du Mediator, avec le report du procès Servier, devront patienter.

L’association de Roussillon a modifié ses statuts pour pouvoir s’atteler à d’autres problématiques que l’amiante. « C’est Patrick Casillas, du Caper Sud-Isère, qui a eu l’idée de changer le “a” de Caper : en faisant référence, de manière plus générique, à l’action – et non plus seulement à l’amiante –, nous pouvons défendre des victimes d’autres catastrophes. » Elles ne vont pas manquer, au dire de Pierre Rinalduzzi : éthers de glycol, aluminium…

Ses années de militantisme au sein de l’usine Rhône-Poulenc de Roussillon et de la mutuelle du site – « Nous étions plus de 2 000, sans compter les retraités » – ont appris à Pierre à voir venir les coups durs. « A l’usine, les injustices, tu les découvres vite. » Rompu aux exercices de la négociation, il dirige la mutuelle pendant plusieurs années. Il y verra, dans les années 1980, l’apparition du sida. « La mutuelle fera investir l’entreprise dans un distributeur de préservatifs. Nous fournissions les caisses de préservatifs.  »

La mutuelle s’engage aussi, avec Pierre, pour faire aménager, à la maternité de l’hôpital de Vienne, une pièce où les jeunes accouchées pouvaient recevoir famille et amis, un peu comme si elles étaient chez elles. Aussi est-ce naturellement vers lui que, lorsqu’il prend sa retraite – un peu avant soixante ans –, les retraités de Rhône-Poulenc se tournent pour alerter sur les maladies de l’amiante. « J’ai réalisé alors combien l’entreprise est un monde fermé. Je n’avais jamais eu vent de ces maladies. Pourtant, j’ai eu des rapports d’activité de médecins du travail dans les mains. Je les épluchais. Cela ne ressortait pas. »

« Créer le Caper, cela a été un peu comme se jeter dans une piscine sans savoir nager. Nous avons tout appris. Nous étions dans l’inconnu. » Un inconnu que Pierre a abordé sans cesser de pratiquer ses deux dadas : la musique et la marche. « Je joue de la clarinette depuis l’enfance et cela m’a toujours beaucoup aidé. C’est une petite psychothérapie, à laquelle je m’adonne encore une fois par semaine. » Il précise : « J’ai commencé avec la clarinette en si bémol. Puis je suis passé à la basse. Le son est plus grave et plus chaud. Et le registre musical plus large. Mais l’instrument est aussi beaucoup plus long ! J’ai un siège réglable pour pouvoir m’installer confortablement, sourit-il. Quand on est court sur pattes, comme moi, c’est indispensable ! »

Des jambes peut-être courtes mais toujours très actives. Car Pierre est aussi un marcheur. Avant de se lancer dans l’aventure du Caper, il s’est offert une belle expérience : suivre le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Soixante-treize jours de marche du Puy-en-Velay jusqu’à Santiago, en Espagne. Pour lui, toute personne, croyante ou non, devrait le faire. « Au bout d’une semaine, tu es bien dans tes chaussures. Tu regardes moins tes pieds, et tu refais ta vie. Moi, c’était les négociations que j’avais menées pour le contrat de groupe chez Rhône-Poulenc ! Sacrée psychothérapie, ça aussi ! Quand on est dans le social, il faut savoir prendre du recul. » C’est grâce à ces activités que Pierre peut continuer à s’impliquer avec énergie dans le Caper. « Nous sommes une bonne équipe. Nous ne nous voyons pas que pour les réunions, les manifs ou les accompagnements dans les tribunaux. Nous passons aussi des moments festifs ensemble. »

* Le Caper a fêté récemment ses dix ans.