Un bébé quand je veux ? Pas si simple…

Un bébé au printemps, qui passera ses premiers mois tout nu dans la chaleur de l’été, ça serait bien, non ? Il faudrait le concevoir en septembre… sauf que les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite.
La petite Maya a été conçue dans les bulles du champagne. Ses parents se sont rencontrés chez des amis communs, lors de la Saint-Sylvestre. « On a un peu forcé sur la boisson et nous sommes repartis dans le même taxi », racontent-ils, sourire aux lèvres. Neuf mois plus tard, les amis ont reçu un faire-part de naissance.

Les bébés conçus lors des fêtes de Noël et du jour de l’an sont devenus tendance. Une récente enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) note un pic des naissances en septembre, que le démographe Henri Leridon qualifie, non sans humour, d’« étrennes de septembre ». Et ce pic est encore plus marqué pour les naissances hors mariage.

« Si l’on ne peut exclure le fait que certains couples souhaitent entrer dans une nouvelle année en concevant un enfant, il pourrait d’abord s’agir d’une baisse de la vigilance contraceptive ce soir-là », note Arnaud Régnier-Loilier, l’auteur de cette enquête. Pour preuve, dans les semaines qui suivent les fêtes de fin d’année, on observe aussi une progression sensible du nombre d’Ivg.

L’amour à la plage, c’est fini ?

Hormis cet épisode de septembre, les naissances se répartissent désormais de manière globalement équilibrée tout au long de l’année. C’est l’une des spécificités de notre époque. « Toutes les sociétés ont connu dans leur histoire, ancienne ou récente, des variations saisonnières marquées pour les conceptions, et donc pour les naissances, qui s’expliquent par des rythmes d’organisation de la vie économique et sociale, souvent dictés par les saisons et les interdits religieux », rappelle Arnaud Régnier-Loilier.

Lorsque l’agriculture tenait encore une place prépondérante en France, tous les bras étaient indispensables l’été pour les grands travaux des champs, qui entraînaient fatigue, indisponibilité, voire séparation des conjoints, pour de très nombreux travailleurs saisonniers. Les accouchements étaient alors nettement plus nombreux au sortir de l’hiver.

A partir des années 1950, le pic des naissances s’est déplacé de février-mars au printemps, évolution probablement due à l’instauration des congés payés. A la fin des années 1980, le calendrier évolue sensiblement : on ne conçoit plus le bébé sur la plage, durant les vacances, mais à la rentrée, sans doute pour se donner du cœur à l’ouvrage.

Si les fluctuations saisonnières des naissances sont aujourd’hui de faible ampleur, cela n’exclut pas des « accidents ». L’année 2004 présente par exemple un creux marqué de natalité au printemps, soit neuf à dix mois après la grande canicule de l’été 2003.

Un même déficit en naissances s’observe neuf mois après les épisodes caniculaires de juillet 1976 et 1983. Illustration d’une loi physique simple : le taux d’attirance de deux corps est inversement proportionnel au taux de sudation de ces mêmes corps…