Le scandale du Mediator avait révélé au grand public les relations étroites liant souvent les experts, les médecins, les agences de santé et l’industrie pharmaceutique. Un manque de transparence et d’indépendance dénoncé dans le rapport de l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) en 2011.

Afin d’y voir plus clair, la minstre de la Santé vient de donner le coup d’envoi à une plateforme, mise en ligne jeudi 25 juin, intitulée « Transparence-Santé », accessible en un clic aux usagers à l’adresse : www.transparence.sante.gouv.fr.

Cette base de données est censée répertorier l’ensemble des liens d’intérêts (financements de recherches, interventions dans des congrès, invitations diverses, etc. ) entre les entreprises qui commercialisent des produits de santé ou cosmétiques et les professionnels de la santé.

« Pour concevoir, développer et vendre leurs produits, les entreprises sont amenées à nouer des relations avec des experts, des journalistes et des acteurs publics. Il faut conserver et développer cette complémentarité, qui fait avancer la science et permet le progrès thérapeutique, estime Marisol Touraine. Cependant, pour garantir l’indépendance et l’impartialité des décisions dans le secteur de la santé, il faut aussi que ces liens soient connus de tous », comme prévu dans la loi du 29 décembre 2011 et son décret d’application, le « Sunshine Act », du 21 mai 2013.

Désormais, tout avantage accordé par une entreprise à un professionnel d’une valeur supérieure ou égale à 10 euros (matériel, hébergement, transport, etc.) et toute convention ou accord liant les industries de la santé à un médecin (participation à un congrès, activités de recherche, actions de formation continue, etc.) devront être rendus publics.

La recherche pourra se faire par plusieurs critères : le nom du laboratoire (Pfizer, Novartis, etc.), le bénéficiaire (il suffit de rentrer le nom de votre médecin traitant par exemple pour savoir s’il est lié à l’industrie ou pas et pour quel montant), les deux en même temps…

Avoir des liens d’intérêts n’est pas illégal et ne signifie pas forcément qu’il y a conflits d’intérêts, c’est-à-dire influence, et la majorité des experts assurent que leur collaboration avec l’industrie pharmaceutique n’entrave pas leur décision et leur libre arbitre. Néanmoins, comment donner un avis en toute indépendance intellectuelle sur un médicament fabriqué par celui qui finance vos recherches ? Quel recul avoir sur une nouvelle thérapeutique présentée lors d’un congrès pour lequel le médecin aura été invité tous frais payés par le promoteur ?

La mise en place du nouveau site suffira-t-elle à plus de transparence et d’indépendance ? C’est un début. Mais le problème est qu’aujourd’hui, les liens d’intérêts entre industrie et professionnels passent par des montages financiers de plus en plus subtils, comme la création d’associations de patients, par exemple, par lesquels les messages que l’industriel veut faire passer transitent en toute innocence. Et fausse indépendance.