Après avoir consacré son rapport 2012 à la question de la « Fin de vie à domicile », en 2013 l’Observatoire National de la Fin de Vie (ONFV) a décidé de mettre un coup de projecteur sur la fin de vie des personnes âgées en établissement. Avec ce rapport, bien des idées reçues tombent. On y apprend par exemple, que toutes les 40 minutes, une personne âgée meurt aux urgences (soit 13 000 décès chaque année), qu’un suicide sur trois concerne une personne âgée (soit 3000 chaque année)… Mais aussi que les trois-quarts des personnes âgées qui finissent leur vie en EHPAD n’ont pas choisi d’y vivre : leur entrée en institution s’explique d’abord par l’impossibilité de rester à domicile. L’ONFV note que 15% des maisons de retraite, seulement, disposent d’une infirmière la nuit. Si tous les EHPAD en étaient dotés, cela permettrait d’éviter 18 000 hospitalisations de fin de vie par an.

On y apprend aussi que 450 euros par mois: c’est la somme moyenne que les personnes âgées en fin de vie doivent dépenser pour financer leur maintien à domicile et que de plus en plus de personnes vivent de plus en plus longtemps en situation de grande vulnérabilité et de grande solitude, avec plusieurs maladies ou handicaps qui se superposent les uns aux autres. 

Contrairement à ce que l’on pense bien souvent, le vieillissement a un impact limité sur les dépenses de santé : au cours de la dernière année de vie, le coût des soins est d’autant plus faible que les personnes sont âgées… 

Face à cette réalité, l’ONFV plaide pour que notre société invente de nouvelles formes de solidarité: pas seulement dans les discours, mais aussi dans les faits : “Il faut faire du respect des droits des personnes âgées une priorité : le droit de choisir leur lieu de vie, le droit de choisir d’arrêter les traitements, le droit de rester à leur domicile si elles le souhaitent, et le droit d’exprimer leurs souhaits par avance, en particulier lorsqu’elles sont atteintes de la maladie d’Alzheimer”.

Si nous n’y prenons garde, la fin de la vie des personnes âgées pourrait devenir un véritable naufrage social.

Pour l’ONFV, dans notre société, la mort des personnes âgées pourrait peu à peu survenir en trois temps : le premier serait celui d’une mort par exclusion de la « vraie vie », celle des gens qui bougent, qui vont vite, qui travaillent et produisent, qui sont rentables. Puis une mort par regroupement (et en même temps par isolement) dans des établissements où chacun fait du mieux qu’il peut en fonction de ses moyens. Puis enfin la mort à l’hôpital, dans le couloir d’un service d’urgences ou après un long passage dans différents services hospitaliers,

L’Observatoire National de la Fin de Vie énonce des propositions peu coûteuse spour améliorer la fin de vie des personnes âgées en maison de retraite:

– Mettre en place une infirmière de nuit pour 250 à 300 places d’EHPAD, le cas échéant de façon mutualisée entre plusieurs établissements.

– Donner aux Equipes Mobiles de Soins Palliatifs les moyens de réellement intervenir en EHPAD, en accompagnant ces moyens de recommandations de bonnes pratiques et en les conditionnant à une évaluation régulière par les Agences Régionales de Santé.

– Donner aux professionnels de l’aide à domicile une réelle formation autour des situations de fin de vie

– Faire de l’accompagnement de la fin de vie une priorité nationale en matière de formation continue à l’hôpital.