Thermalisme : des bienfaits qui coulent de source…

Près de 520 000 personnes suivent chaque année une cure thermale. Mais ces cures sont-elles efficaces ? Oui, selon plusieurs études. Tour d’horizon de leurs vertus thérapeutiques.

 

Soulager la douleur

C’est en rhumatologie que les prescriptions pour les cures thermales sont les plus importantes (65 % des soins). Et pour démontrer que les résultats obtenus sont parfois meilleurs que ceux des soins dispensés en médecine de ville, depuis quelques années, les travaux scientifiques – dont certains réalisés sous l’égide de l’Association française pour la recherche thermale (Afreth) – se multiplient. En 2009, l’étude « Thermathrose » a ainsi évalué le service médical rendu (Smr) d’un séjour thermal pour l’arthrose du genou, premier motif de cure en rhumatologie. Les 462 patients suivis ont reçu un traitement comprenant des analgésiques, des anti-inflammatoires, des infiltrations, des soins physiques, complétés par un programme d’auto-exercices. Les curistes bénéficiaient aussi, pendant dix-huit jours, de bains et d’applications de boues, d’exercices de mobilisation en piscine thermo-minérale et de massages. Six mois plus tard, 50,8 % des curistes avaient vu leur douleur diminuer et retrouvé une meilleure mobilité, contre 36,4 % chez les autres. En 2012, l’étude « Rotatherm » a noté une diminution de la douleur et une amélioration des capacités fonctionnelles chez les curistes atteints d’une périarthrite de l’épaule par rapport aux malades recevant les soins de ville habituels. Autre bénéfice : l’utilisation de crèmes anti-inflammatoires a diminué de 40 à 50 % chez les curistes, contre 10 à 15 % dans le groupe témoin. La Haute Autorité de santé a reconnu officiellement les effets antalgiques des cures thermales dans les cas de lombalgie chronique, et l’efficacité de la balnéothérapie pour les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde et de fibromyalgie.

Aider à perdre du poids

Près de 55 000 curistes suivent chaque année une cure thermale pour une surcharge pondérale. Pour la première fois, en 2010, l’étude « Maâthermes », portant sur 257 personnes en surpoids ou obèses, a démontré qu’une cure de trois semaines était plus efficace dans la prise en charge du surpoids qu’un ­accompagnement médical en soins de ville, impliquant une modification du style de vie ou la prise d’un médicament. Pour preuve : quatorze mois après leur séjour thermal (incluant bains bouillonnants d’eau minérale naturelle, enveloppement de boue thermale, massages, exercices en piscine, conseils diététiques, ainsi que des activités physiques et un régime diététique pour ceux qui le souhaitaient), 57 % des curistes ont noté une perte de 5 % de leur poids, contre 18 % des patients ayant été suivis en soins de ville.
Par ailleurs, l’étude « Prisme » s’est intéressée à un groupe de patients porteurs d’un syndrome métabolique, autrement dit ayant un tour de taille de plus de 94 centimètres, associé à une glycémie élevée, un faible taux de bon cholestérol (Hdl) et/ou un taux de triglycérides et une tension artérielle supérieurs à la normale. Résultat : chez 75 % des 66 patients, un an après la cure, le syndrome métabolique avait disparu. L’éducation thérapeutique délivrée lors du séjour thermal avait joué également un rôle en faveur des curistes : 75 % des patients poursuivaient une activité physique adaptée un an après leur séjour thermal et 65 % les recommandations diététiques qu’ils ont reçues lors de leur séjour.

Atténuer l’anxiété

En 2008, l’étude « Stop-Tag » a évalué l’efficacité du thermalisme dans
le traitement des troubles anxieux généralisés. Cette étude, menée
sur 257 personnes, a montré que le traitement thermal (associant douches thermales, bains bouillonnants, massages sous l’eau, bains en piscine et suivi psychothérapique) était plus efficace que la paroxétine, antidépresseur généralement prescrit pour ces troubles, et ce d’autant plus que l’anxiété des patients était sévère ou associée à une dépression. Il a été constaté que l’anxiété avait diminué de façon notable chez une grande majorité de curistes et de façon moindre chez les personnes prenant l’antidépresseur. Huit semaines après les traitements, 22 % des personnes suivant la cure ont été considérées comme guéries, contre
7 % des autres. Pour le Dr Olivier Dubois, psychiatre aux thermes de Saujon, en Charente-Maritime,
qui participe à l’étude, ces résultats s’expliquent par le fait que « les patients changent de lieu et de rythme de vie lors de leur séjour thermal. Ils coupent avec un environnement quotidien parfois vécu comme anxiogène, voire agressif. De plus, ils bénéficient pendant trois semaines d’une attitude compréhensive et empathique de la part des soignants, formés à gérer ces troubles. Ils se rassurent au contact d’autres patients et apprennent à mieux repérer leurs symptômes et leur origine ». 10 000 personnes suivent chaque année une cure thermale pour
cause d’anxiété dans l’un des cinq centres français spécialisés dans le thermalisme psychosomatique.

Accompagner après un cancer

La cure thermale pourrait jouer un rôle dans l’après-cancer, en améliorant durablement la qualité de vie des patients. Lancée en 2008, l’étude « PACThe » (« Programme d’accompagnement et de réhabilitation post-thérapeutique pour les femmes en rémission complète du cancer du sein en milieu thermal ») a été menée auprès de 251 femmes toutes traitées pour un cancer du sein. La moitié d’entre elles ont bénéficié d’une cure thermale de deux semaines, durant laquelle des soins hydrothermaux leur étaient prodigués (aérobains, douches au jet, douches pénétrantes, massages sous l’eau), mais aussi des séances de réadaptation physique personnalisée, des ateliers diététiques, un soutien psychologique et un accompagnement esthétique.
L’étude a montré que, un an après la cure, la qualité de vie des curistes s’est nettement améliorée – moins d’épisodes dépressifs, un meilleur sommeil, moins de recours aux soins de kinésithérapie et une reprise facilitée de leur activité professionnelle – par rapport à celle des patientes du groupe témoin. De même, les femmes ayant suivi ce programme pratiquent plus souvent une activité physique et parviennent mieux à contrôler leur poids. Aucune différence n’existe en revanche entre les deux groupes en ce qui concerne le niveau d’anxiété.

 

interview

« 43 % des curistes ont arrêté les psychotropes »

Dr Olivier Dubois, psychiatre aux thermes de Saujon, en Charente-Maritime.

Quel est l’intérêt de la cure thermale dans le sevrage des personnes qui consomment des psychotropes ?
On estime que 10 % des Français consomment régulièrement des anxiolytiques et des hypnotiques et plus de la moitié d’entre eux en consomment pendant plus de deux années consécutives. Or, la Haute Autorité de santé déconseille la prise de benzodiazépines à visée hypnotique au-delà de quatre semaines et celle de benzodiazépines à visée anxiolytique au-delà de douze semaines. Toutefois, le sevrage est une étape importante qui demande du temps. Il faut réduire progressivement les doses de médicaments et assurer une écoute par
des professionnels de la santé afin d’éviter un échec, qui conforterait le patient dans sa dépendance.
Une cure thermale d’une durée de trois semaines est tout à fait adaptée pour débuter le sevrage, voire
le mener à
terme. Le programme proposé dans l’étude « SPECTh », que nous avons menée dans quatre stations thermales, comprenait à la fois des soins de balnéothérapie — tels des bains, des douches et des massages, dont les effets anxiolytiques ont été démontrés –, mais aussi un suivi psychothérapique individuel, des ateliers psycho-éducatifs en groupe, sans oublier des consultations médicales afin de trouver le rythme de réduction médicamenteuse le mieux adapté pour chacun. Par exemple, à partir du cinquième jour, on réduisait le traitement anxiolytique d’un quart de la dose tous les cinq à six jours.

Quel bilan retenir ?
Plus de 80 % des 70 patients choisis dans cette étude consommaient des benzodiazépines depuis au moins trois ans de manière continue. Or, au final, 43 % d’entre eux ont totalement arrêté les médicaments à la fin de la cure et 80 % avaient réduit au moins de moitié leur médication six mois après leur séjour thermal. On a constaté que
les patients qui trois à six mois après la cure ne prenaient toujours plus aucun médicament étaient ceux qui, au départ, étaient les plus anxieux et dépressifs. Or le sevrage n’a non seulement pas aggravé leurs symptômes, mais, au contraire, il s’est accompagné d’une diminution significative de leur anxiété et de leurs symptômes dépressifs six mois après le séjour. Cela démontre que le sevrage est possible, et qu’il s’accompagne d’une amélioration de l’état clinique du patient.