Thermalisme : cinq bonnes raisons de se jeter à l’eau

Chaque année, 540 000 personnes suivent une cure thermale. Alors même que ces cures sont souvent décriées, les études se multiplient, qui établissent qu’elles présentent un réel bénéfice pour plusieurs indications thérapeutiques.

 

Perdre du poids

Chaque année, près de 55 000 curistes suivent une cure thermale avec une indication de surcharge pondérale. Pour la première fois, en 2010, l’étude « Maâthermes », portant sur 257 personnes en surpoids ou obèses, a démontré qu’une cure de trois semaines était plus efficace dans la prise en charge du surpoids qu’un accompagnement médical en soins de ville, impliquant
une modification du style de vie ou la prise d’un médicament. Quatorze mois après leur séjour thermal (incluant bain bouillonnant d’eau minérale naturelle, enveloppement de boue thermale, massage, exercices en piscine, conseils pour une meilleure alimentation, ainsi que des activités physiques et un régime diététique pour ceux qui le souhaitaient), 57 % des curistes en surcharge pondérale ont noté une perte de 5 % de leur poids, contre 18 % des patients ayant été suivis en soins de ville.

Par ailleurs, l’étude « Prisme », débutée en juillet 2008, a suivi un groupe de patients porteurs d’un syndrome métabolique, autrement dit des personnes ayant un tour de taille de plus de 94 centimètres, associé à une glycémie élevée, à un faible taux de bon cholestérol (Hdl) ou encore à un taux de triglycérides et à une tension artérielle supérieurs à la normale.

Résultats : chez 75 % des 66 patients suivis un an après la cure, le syndrome métabolique a disparu. L’éducation thérapeutique suivie lors du séjour thermal joue également un rôle : 75 % des curistes ont poursuivi une activité physique adaptée un an après leur séjour, et 65 % suivent encore les recommandations diététiques qu’ils ont reçues lors de leur cure.

Soulager la douleur

Lombalgies, arthrose, douleurs cervicales ou liées à des suites opératoires (accident, fractures…), c’est en rhumatologie que les prescriptions médicales pour cures thermales sont les plus importantes (elles représentent près de 65 % des soins). En 2009, l’étude « Thermarthrose » a ainsi montré l’intérêt du thermalisme dans le traitement de l’arthrose du genou (ou gonarthrose).
Les 462 patients qui ont participé à l’étude ont reçu un traitement médicamenteux incluant des analgésiques, des anti-inflammatoires, des infiltrations articulaires, des soins physiques, complétés par un programme d’auto-exercices. En plus de ce traitement, les curistes bénéficiaient pendant dix-huit jours de bains et d’applications de boues, d’exercices de mobilisation en piscine thermo-minérale et de massages.

« Six mois plus tard, 50,8 % des patients curistes ont vu leur douleur diminuer et ont noté une meilleure mobilité pour marcher, se lever, sortir de leur voiture, contre 36,4 % des patients témoins qui n’avaient pas suivi de cure », explique le Pr Christian-François Roques, président du conseil scientifique de l’Association française pour la recherche thermale (Afreth). La diminution des douleurs et de l’incapacité fonctionnelle durait encore neuf mois après la cure.

Gérer son anxiété

En 2008, l’étude « Stop-Tag », menée sur 257 personnes présentant des troubles anxieux généralisés, a montré que la cure réduisait plus l’anxiété que le traitement de référence, un antidépresseur, la paroxétine. 83 % des curistes ont constaté une réduction de 30 % de leur anxiété, et pour 56 % des patients, celle-ci a même diminué de plus de moitié. L’efficacité de la cure, associant douches thermales, bains bouillonnants, massages sous l’eau, bains en piscine et suivi psychothérapique, était d’autant plus importante que l’anxiété des patients était, au départ, sévère ou associée à une dépression. Huit semaines après les traitements, 22 % des curistes ont été considérés comme guéris, contre 7 % des patients du groupe témoin.

Arrêter les psychotropes en douceur

On estime que 10 % des Français prennent régulièrement des anxiolytiques et des hypnotiques pour calmer leur angoisse ou leurs troubles du sommeil. Et plus de 50 % d’entre eux en consomment pendant plus de deux ans d’affilée. Or, la Haute Autorité de santé préconise de ne pas prendre de benzodiazépines à visée hypnotique pendant plus de quatre semaines et de benzodiazépines à visée anxiolytique au-delà de douze semaines.

En 2013, l’étude « Specth » a montré l’intérêt d’une cure thermale (associant balnéothérapie, suivi psychothérapique individuel et ateliers psycho-éducatifs) dans le sevrage de psychotropes. Plus de 80 % des 70 participants consommaient des benzodiazépines depuis au moins trois ans de manière continue, et tous avaient tenté en vain de se sevrer. Au final, 43 % des patients ont arrêté leur médication à la fin de la cure, et 80 % d’entre eux l’ont réduite au moins de moitié, six mois après leur séjour thermal.

« Nous avons constaté que les patients qui ont arrêté totalement les benzodiazépines encore trois à six mois après la cure étaient au départ les plus anxieux et dépressifs, souligne Dr Olivier Dubois, psychiatre aux thermes de Saujon, en Charente-Maritime, et investigateur de l’étude. L’arrêt n’a pas aggravé leurs symptômes. Au contraire, il s’est accompagné d’une réduction significative de leur anxiété et de leurs symptômes dépressifs, six mois après le séjour. »

Tourner la page après un cancer

Lancée en 2008, l’étude « Pacthe » a été menée auprès de 251 femmes en rémission après un cancer du sein. La moitié d’entre elles ont bénéficié d’une cure thermale de deux semaines, durant laquelle étaient prodigués des soins hydrothermaux ainsi que des séances de réadaptation physique personnalisée, des ateliers diététiques, un soutien psychologique et un accompagnement esthétique. Au bout d’un an, l’étude a montré chez les curistes une amélioration significative de la qualité de vie, avec moins d’épisodes dépressifs, un meilleur sommeil, un moindre recours aux soins de kinésithérapie et une reprise facilitée de leur activité professionnelle, par rapport aux patientes du groupe témoin. Les femmes ayant suivi la cure pratiquent plus souvent une activité physique et parviennent à mieux contrôler leur poids. Aucune différence en revanche entre les deux groupes en ce qui concerne le niveau d’anxiété après la maladie.

« Un séjour en cure thermale, lorsqu’il est fait juste après la fin de la prise en charge thérapeutique, peut avoir un effet durable sur la qualité de vie de ces femmes », explique le Pr Yves-Jean Bignon, oncogénéticien et cancérologue au centre Jean-Perrin, à Clermont-Ferrand, et auteur de l’étude « Pacthe  ». Pour l’heure, ces séjours ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale. Mais une demande de prise en charge est actuellement soumise aux différentes agences régionales de santé.

 

Comment les cures sont-elles évaluées ?

En 2000, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) reprochait au thermalisme de n’être ni évalué, ni contrôlé. Depuis quelques années, les travaux scientifiques, dont certains réalisés sous l’égide de l’Association française pour la recherche thermale, se multiplient pour démontrer le service médical rendu d’une cure. Ils comparent, pour chaque maladie, des curistes à un groupe témoin dont les participants n’ont eu recours qu’aux soins de ville. A ce jour, près de soixante
essais cliniques thermaux contrôlés et randomisés ont été publiés dans des revues internationales. Des études manquent encore pour les affections dermatologiques et les infections Orl récidivantes. De son côté, la Haute Autorité de santé a reconnu les effets antalgiques des cures dans les cas de lombalgies chroniques et l’efficacité de la balnéothérapie dans l’amélioration de la mobilité et de la qualité
de vie des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde et de fibromyalgie.