Témoignage

Dans les quartiers du nord-est de Paris, à forte concentration d’habitat
ancien dégradé, des Pmi effectuent des tests de dépistage du saturnisme.
C’est à l’issue d’un de ces examens que Mme T. a appris, en 2005,
que sa petite fille de trois ans était intoxiquée au plomb. En cause, la peinture ancienne de son logement que l’enfant est soupçonnée d’ingérer.

Avant cette découverte, la jeune maman avait repeint les murs, ce qui à l’évidence n’avait pas suffi. A la demande des pouvoirs publics, le bailleur fait faire des travaux – en particulier sous les fenêtres, précise Mme T – qui tiendront éloignée la famille pendant une dizaine de jours.

« Mais ce sont des travaux palliatifs. Pour se débarrasser du plomb dans des conditions de sécurité suffisantes, il faudrait des chantiers aussi lourds et, donc, coûteux que ceux de désamiantage. Alors la peinture est seulement recouverte, et avec l’humidité… », précise Morgane, de l’Afvs.

Malgré les travaux et l’attention accrue de sa mère, la petite fille voit sa plombémie augmenter dangereusement, et doit subir plusieurs cures de chélation. « Je n’avais jamais vu qu’elle mangeait des écailles de peinture. Pourtant, c’est vrai. Sa grande sœur m’a dit qu’elle en récupérait dans les couloirs de l’immeuble quand on ne la regardait pas. Elle dit que c’est bon », explique Mme T.

Il y a deux ans, la famille a été relogée dans un immeuble moderne. La mère dit ne rien remarquer d’alarmant chez sa petite fille, qui va à l’école, mais l’inquiétude demeure sur de possibles séquelles. Le plomb est toujours dans son corps, comme en témoignent les analyses, et notamment celle de l’expertise médicale faite dans le cadre de la procédure entamée devant la Commission d’indemnisation des victimes d’infraction (Civi).