Téléphones portables : « Il faut 10 ans pour développer un cancer du cerveau »

L’épidémiologiste Annie Sasco rappelle, malgré une récente étude se voulant rassurante, que les téléphones portables sont nocifs.
Une nouvelle étude sur les téléphones portables, publiée dans le Journal of the National Cancer Institute, indique que les enfants et les adolescents qui utilisent des mobiles ne seraient pas plus exposés que les autres au risque de développer une tumeur du cerveau. L’étude a été réalisée entre 2004 et 2008 sur 352 jeunes âgés de 7 à 19 ans atteints d’un cancer du cerveau et 646 témoins indemnes de cette pathologie.

Selon les chercheurs, 75,3 % des patients touchés par le cancer ont déclaré avoir utilisé leur téléphone portable plus de 20 fois avant le diagnostic du cancer, contre 72,1 % pour les jeunes non atteints. Par ailleurs, 55 % des personnes malades ont déclaré être des utilisateurs réguliers de portables contre 51 % des témoins. Des différences qui, pour les experts de l’étude, ne sont pas significatives.

Un risque de tumeur multiplié par 5 avant 18 ans

Faut-il en déduire pour autant que les téléphones mobiles ne sont pas dangereux pour la santé ? « Il est trop tôt pour tirer des conclusions, c’est de la non-information, affirme le Dr Annie Sasco, épidémiologiste du cancer à l’Inserm de Bordeaux. Il faut 10 ans pour développer une tumeur du cerveau. Quand l’étude a été commencée, les enfants et les adolescents avaient moins de portables qu’aujourd’hui et surtout l’utilisaient moins. Une étude de Hardell, le spécialiste suédois du cancer, a montré que les personnes qui ont commencé à utiliser le téléphone portable avant l’âge de 18 ans avaient un risque de tumeur du cerveau multiplié par 5, alors qu’au-delà il était ramené à 2. Certes, les portables actuels produisent moins de rayonnements qu’avant, mais on s’en sert plus fréquemment ».

Cancérigènes possibles ou probables ?

Malgré leurs conclusions rassurantes, les auteurs de l’étude invitent à la prudence et au maintien des mesures de précaution ainsi qu’à la surveillance des taux de cancer du cerveau dans la population. En mai dernier, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé les ondes émises par les téléphones portables comme « possiblement cancérigènes ».

« Au vu des données, je pense que les experts auraient pu les classer probablement cancérigènes », souligne Annie Sasco. Parmi les études prises en compte par le CIRC, une concluait à une augmentation de 40 % du risque de gliome (tumeur cérébrale) chez les personnes utilisant leurs portables plus de 30 minutes par jour, tous les jours, pendant dix ans … De quoi s’inquiéter pour les adolescents accros.

Photo : ElvertBarnes sur Flickr (CC)

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