Tabagisme: comment les Anglais l'ont fait baisser

Un tiers des décès par cancer sont liés au tabac, a déclaré François Hollande lors de la présentation du troisième plan cancer aux rencontres de l’Institut national du cancer (Inca), organisées le 4 février à Paris.

En France, le tabagisme touche 33 % de la population contre 20 % aux États-Unis et 22 % au Royaume-Uni. Et s’il y a moins d’accros à la cigarette dans les milieux aisés, en revanche, il y a une recrudescence chez les les femmes, les chômeurs et les jeunes. Les inégalités se creusent.

« Le cancer du poumon a été multiplié par 4 ces dix dernières années chez les femmes, près d’un jeune de 17 ans sur trois fume régulièrement et 51 % des personnes sans emploi », a souligné Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins à l’Inca.

En Angleterre, si le nombre de fumeurs a baissé, c’est qu’une politique anti-tabac particulièrement volontariste a été mise en place dont Ann Macneill, du King’s College de Londres, est la principale instigatrice: « Dans la cigarette, environ 70 composants sont susceptibles de provoquer le cancer, quand on avale la fumée, ils se propagent dans les poumons puis dans le sang… »

Agir d’abord sur le prix

Selon elle, pas de mystère, la stratégie de lutte contre le tabagisme passe d’abord par le porte-monnaie : « Le prix du paquet de cigarettes doit être augmenté chaque année, c’est la mesure principale pour faire baisser la consommation. »

Ensuite, il faut faire des campagnes de prévention choc : « Les gens connaissent les dangers du tabac, mais ils ne sont pas conscients de l’ampleur. Nous avons organisé des campagnes de prévention à la télévision basées sur les témoignages de personnes dans la fleur de l’âge atteintes de cancers et qui disaient qu’elles ne verraient pas leurs enfants grandir, ça a beaucoup marqué les esprits. »

Pas dans sa voiture

Autres mesures : l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics et de la publicité pour les cigarettes dans la presse, la suppression de la vente de tabac dans les supermarchés près des caisses, à côté des paquets de bonbons, l’interdiction de vendre des cigarettes aux mineurs, la prévention organisée dans les écoles pour les enfants, l’interdiction de fumer dans sa voiture s’il y a des enfants sous peine d’avoir une amende…

« Les paquets de cigarettes sont de plus en plus sympa, attrayants. L’industrie dépense beaucoup d’argent et de temps pour le marketing, précise Ann Macneill. Nous sommes donc en train de supprimer toute promotion sur les paquets pour ne laisser qu’un avertissement aux consommateurs sur les dangers pour leur santé, comme en Australie ».

e-cigarette, une alternative

Des actions d’aide au sevrage sont également développées. Pour Ann Macneill, la cigarette électronique pourrait être une bonne alternative : « La nicotine provoque une addiction mais elle ne fait pas trop de mal. La cigarette électronique est très utilisée au Royaume-Uni, elle représente un potentiel énorme dans la lutte contre le tabac : les gens ont leur dose de nicotine sans les composants qui les tuent. »

Enfin, insiste la spécialiste, « l’industrie a besoin que les gens continuent à fumer pour faire des bénéfices, donc il est important de ne pas laisser ses représentants et les fonctionnaires qui travaillent pour elle ou qui ont des liens d’intérêt s’introduire dans les débats sur les politiques nationales, européennes et internationales de lutte contre le tabagisme. Il faut les en exclure définitivement ».

Priorité du 3e plan cancer

Au Royaume-Uni, le cancer du poumon recule depuis 1980. En janvier 2014, le tabagisme continuait à diminuer chez les adultes et les adolescents.

Chez nous, le président de la République a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité du troisième plan cancer. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, est chargée de présenter un programme national de prévention du tabac avant l’été.